Macron : dix ans. Cinq sujets. Le bilan
Édito WOW! · 29 avril 2026

Emmanuel Macron quittera l’Élysée en mai 2027 avec un record et un paradoxe. Record : dix années de présidence, autant que de Gaulle sous la Ve République. Paradoxe : davantage de réformes accomplies que ses prédécesseurs immédiats, et des Français plus insatisfaits sur les sujets qui comptent qu’en 2017. C’est désolant, mais ce n' est pas une injustice.
Le procès-verbal est signé par les chiffres. En janvier 2026, le baromètre Elabe plaçait en tête des préoccupations françaises le pouvoir d’achat (44 %), l’insécurité (39 %), la dette (38 %), l’accès aux soins (36 %), l’immigration (33 %). En mars, Ipsos confirmait l’ordre. Sur ces cinq sujets — les cinq qui structurent l’opinion française — Macron termine avec un bilan contrasté au mieux, défavorable au pire.
La réussite la plus tangible reste l’emploi. Le chômage a reculé de 9,4 % en 2017 à 7,9 % fin 2025. Le taux d’emploi des 15-64 ans a atteint son niveau le plus élevé depuis que l’INSEE le mesure — depuis 1975. Ce résultat est réel, obtenu au prix de réformes difficiles : flexibilisation du marché du travail, montée en puissance de l’apprentissage. Ce n’est pas rien mais c’est insuffisant.
Sur le pouvoir d’achat, l’écart entre la statistique et le vécu est le fait central de la décennie. Macroéconomiquement, les gouvernements successifs ont multiplié les amortisseurs — suppression de la taxe d’habitation, bouclier tarifaire, revalorisation de la prime d’activité. L’architecture de soutien était réelle. Mais le pouvoir d’achat est une moyenne nationale. Le choc inflationniste de 2022-2023 est une réalité individuelle. En 2026, il reste la première préoccupation des Français. Ce n’est pas la politique qui a échoué. C’est le fossé entre la réforme et le ressenti.
Sur la sécurité, les moyens ont été engagés. La loi de programmation du ministère de l’Intérieur 2023-2027 prévoit 15 milliards d’euros supplémentaires. L’effort budgétaire est documenté. Les résultats, moins. Les cambriolages reculent. Mais les violences physiques progressent de 5 %, les violences sexuelles de 8 %, le trafic de stupéfiants de 8 %, les refus d’obtempérer de 11 %. Il y a des améliorations sectorielles. Il n’y a pas de sentiment de reprise en main globale.
Sur la santé, le contraste est le plus violent. La France consacre 11,5 % de son PIB à la santé — l’un des niveaux les plus élevés d’Europe. Pourtant, six millions de Français n’avaient pas de médecin traitant en 2024. Quatre-vingt-sept pour cent du territoire était touché par les déserts médicaux. Le Ségur de la santé, les assistants médicaux, la convention médicale 2024-2029 — les dispositifs ont été lancés. La pénurie territoriale de temps médical n’a pas été résolue. Un système généreux, coûteux, et devenu plus difficile d’accès.
Sur l’immigration, le paradoxe est le plus précis. La France a délivré 262 000 premiers titres de séjour en 2017. Elle en a délivré 384 000 en 2025 — un record. Dans le même temps, la loi Asile-Immigration de décembre 2023 s’affichait comme l’une des plus restrictives de la Ve République. La ligne macroniste — fermeté affichée, flux maintenus — n’a convaincu personne. Ni les partisans d’un contrôle strict. Ni les défenseurs d’une logique ouverte. Le résultat : une image de contrôle imparfait, et une question sans réponse sur ce que la France voulait réellement faire de ses flux migratoires.
Reste le point noir absolu : les finances publiques. En 2017, le déficit était de 2,6 % du PIB. En 2024, il atteint 5,8 % — plus du double. La dette est passée de 96,8 % à 115,6 % du PIB.
La Commission européenne projette 120 % en 2027. La Cour des comptes a qualifié la dérive de 2023-2024 d’« inédite » et d’« inacceptable » — une dégradation produite hors récession, alors que l’économie restait positive. La charge d’intérêts de la dette représente désormais 58 milliards d’euros par an. Elle pourrait devenir, d’ici 2029, le premier poste budgétaire de l’État — devant l’Éducation nationale.
Macron a certainement moins réformé qu’il ne l’aurait voulu, ou que son livre RÉVOLUTION de 2017 permettait d’espérer. Est-ce l'échec d’un homme (à l’hubris surdimensionné), d’une méthode (le réformisme technocratique) ou d’un système (certains parlent d’aristocratie d’ État ou d’oligarchie parisienne - qui, dans les bureaux de l’Etat profond, résiste au changement) ?
Dans le meilleur des cas, la décennie Macron laisse derrière elle une France dont les fondamentaux économiques n’ont pas été restaurés (déficits budgétaire et commercial), dont les attentes sociales n’ont pas été satisfaites, dont le corps politique et citoyen est beaucoup plus fragmenté qu’en 2017.
L’ironie est complète : le candidat qui avait promis de « faire sauter les verrous » produit, dix ans plus tard, une impasse institutionnelle que ses successeurs devront dénouer.
“Depuis 2017, avons-nous mieux vécu, été mieux protégés, mieux soignés, et le pays est-il plus solide, moins vulnérable aux chocs du monde ? “ La réponse est assez claire.
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Paul Corey