UE27 cherche strategie
Fédérale ou confédérale ?

Le projet européen originel était simple et intelligent. En 1951, la CECA poolait charbon et acier pour rendre la guerre impossible entre nations réconciliées. Interdépendance limitée sur des secteurs stratégiques, souveraineté préservée sur le reste. Ce pragmatisme a fonctionné. Puis est venue la dérive.
Elargissement sans limite, multiplication des traités de libre-échange, extension à tous les secteurs, ambition fédérale (sous tutelle allemande) ignorant les réalités nationales… la dérive vers un projet géopolitique confus, irréaliste, avec une tentation autoritaire est en marche.
Trois mythes ont porté cette fuite en avant. Ils se sont effondrés.
LA GLOBALISATION HEUREUSE. L’ouverture devait enrichir tout le monde. On a eu désindustrialisation, dépendance aux terres rares chinoises, aux semi-conducteurs taïwanais, aux médicaments indiens. L’Europe a joué le libre-échange quand la Chine pratiquait protectionnisme et dumping. Nous avons désarmé.
LA PAIX GARANTIE PAR LE COMMERCE. L’Allemagne croyait au Wandel durch Handel avec la Russie. Février 2022 a tout balayé. L’interdépendance énergétique n’a pas empêché l’invasion, elle l’a rendue possible. Poutine a utilisé le gaz comme arme pendant que Berlin découvrait sa vulnérabilité. Même constat avec la Chine : interdépendance maximale, confrontation croissante. Le commerce ne crée pas la paix, il donne des armes à ceux qui ne jouent pas le jeu.
LA CONVERGENCE DES NORMES. Le commerce devait harmoniser les standards. Trente ans plus tard, la Chine est plus autoritaire, le dumping s’accélère, et l’Europe baisse ses propres exigences. Dans un monde de ressources finies, vouloir battre la Chine sur la taille est absurde : 1,4 milliard contre 450 millions, hégémonie industrielle impossible à rattraper. Élargir encore l’UE ne change rien. D’autant qu’on accepte ainsi implicitement de jouer sur le terrain de l’adversaire.
Le bilan de cette UE 27, version fédérale allemande, est sévère : croissance faible, prospérité décevante (PIB/hab vs USA), absence de champions numeriques, abstention record, défiance des peuples, frontières incohérentes, immigration, brexit, défense inexistante. Et une influence allemande croissante monnaie, règles budgétaires, commerce. Ce sont des faits, pas une opinion.
Pourtant, la technologie favorise les petits : Israël en cybersécurité, Taïwan en semi-conducteurs, Singapour en finance. L’agilité et l’excellence ont remplacé la masse comme avantage stratégique.
Et l’alternative est claire. Une Europe confédérale à géométrie variable. Des coopérations volontaires, approfondies, entre nations souveraines selon les thèmes (énergie, defense, IA, agriculture..)
Une Europe qui reconnaît qu’elle est en échec et en dérive, que sa marche forcée vers la taille est une fuite en avant, perdue d’avance, un projet du siècle dernier.
Une Europe qui retrouve son agilité stratégique en s’appuyant sur les nations. Le monde a changé. L’Europe doit s’adapter.
Paul Corey