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La France manque-t-elle de taille ou de courage ?

Édito WOW! · 11 juillet 2026

La France manque-t-elle de taille ou de courage ?

57,2 % du PIB en dépense publique. L’un des taux les plus élevés du monde développé. Et en face : une industrie manufacturière tombée à 9,6 % du PIB.

Malgré ces moyens colossaux, le pays ne se redresse pas. C’est une nation riche -très riche dans son passé - qui liquide son patrimoine pour survivre. Au lieu de se réformer, elle procrastine, elle doute, elle attend un miracle venu de Bruxelles. La France s’endette dans une fuite en avant sans issue, vers une UE fédérale qu’elle n’a jamais votée.

Depuis trente ans, le même refrain. Trop petite. Trop rigide. Trop endettée. Incapable d’affronter seule la mondialisation, la transition énergétique, les tensions du monde. Alors on délègue. La monnaie à Francfort. Le numérique à Bruxelles. La dette à l’Europe. Le mot souveraineté change d’adresse pendant que la capacité de décider s’éteint.

Si la France n’agit plus, est-ce qu’elle ne peut pas, ou qu’elle ne veut pas ?

Les chiffres répondent à sa place. 57,2 % de dépense publique contre 49,5 % en Allemagne. Huit points d’écart. 9,6 % d’industrie contre 18 %. Un déficit commercial de 81 milliards quand l’Allemagne engrange 240 milliards d’excédent. En 2024, pour la première fois, plus d’usines ferment qu’il ne s’en ouvre. La dette grimpe à 113 % du PIB, contre 62,5 % outre-Rhin.

Ce n’est plus un couple franco-allemand. C’est une tutelle qui ne dit pas son nom. L’un décide. L’autre suit, et s’endette pour suivre.

La France n’affronte pas ses problèmes. Elle les vend par morceaux. Elle les délègue, pour les fuir, vers l’utopie d’une UE fédérale, au prix de sa souveraineté.

Dans sa forme actuelle, l’UE fédérale à 27 n’est pas la solution.

Le projet échoue sur tous les fronts qui comptent : prospérité, innovation, énergie, immigration. Il dérive, entraîné par l’Allemagne vers un élargissement précipité, et par Bruxelles vers une bureaucratie devenue incontrôlable.

Une Europe qui ne produit plus de richesse et une Europe qui ne protège plus les libertés : deux visages du même mal, l’absence de cap.

Et c’est, paradoxalement, l’allié américain qui le lui a dit en face.

À Munich, en février 2025, J.D. Vance n’est pas venu parler de défense ni de la Russie. Il est venu dire à l’Europe que son vrai danger venait d’elle-même : la censure, la répression des opinions dissidentes, l’exclusion des voix populistes. Il a cité l’annulation d’une élection présidentielle en Roumanie, des lois britanniques sur la liberté d’expression, des condamnations pour propos jugés déplacés en Suède et en Allemagne. Et il a posé une condition inédite : le soutien américain à l’Europe dépendra désormais du respect réel de la liberté d’expression et de la légitimité démocratique.

Un an plus tard, Washington a confirmé la ligne dans sa stratégie de sécurité nationale, dénonçant ce qu’elle appelle un effacement civilisationnel.

Un allié historique qui vient dire à l’Europe qu’elle a trahi ses propres principes : voilà à quel degré de délitement le projet européen est tombé.

D’autres ont choisi autrement. Avec courage et méthode.

La Norvège, hors de l’UE, a transformé son pétrole en un fonds souverain de 1 900 milliards d’euros et s’interdit d’en dépenser plus de 3 % par an. Un État qui aurait pu tout consommer, et qui a choisi d’épargner pour les générations qui n’ont pas encore voté.

Singapour importe 90 % de sa nourriture et vise pourtant 30 % de production locale d’ici 2030. Une cité-État sans terres, qui refuse de dépendre entièrement des autres pour se nourrir.

La Suisse, hors de l’UE elle aussi, dégage un excédent commercial massif et maintient un endettement public sous 40 % du PIB. Un petit pays, sans rente, sans empire, qui a simplement refusé de vivre au-dessus de ses moyens.

L’Irlande, en une génération, est passée de pays pauvre de l’Europe à l’un des PIB par habitant les plus élevés du monde, en misant sans relâche sur une fiscalité stable et lisible pour attirer l’investissement.

La Corée du Sud, ravagée par la guerre en 1953, exporte aujourd’hui plus de produits manufacturés que la France et l’Italie réunies. Pas de rente naturelle. Une stratégie industrielle tenue sur soixante ans, par des gouvernements de toutes couleurs.

Ce qui sépare ces pays de la France n’est pas ce qu’ils ont. Ce n’est ni la taille, ni les ressources, ni l’histoire. C’est ce qu’ils ont décidé d’en faire et la constance à le faire, gouvernement après gouvernement, quand la France change de cap à chaque élection.

Le vrai choix n’est pas entre plus d’Europe et moins d’Europe, mais entre deux destins. L'effacement avec une fédération de fait, où Bruxelles décide et où la souveraineté devient variable d’ajustement. Le sursaut avec une confédération de nations souveraines, à géométrie variable, qui coopèrent de manière radicale selon différents thèmes: défense, énergie, frontières, numérique… Certains évoquent une Europe à plusieurs vitesses.

La France n’était pas trop petite pour se relever en 1945, maîtriser l’atome, construire le TGV, lancer Ariane, siéger en permanence au Conseil de sécurité. Elle n’est pas plus petite aujourd’hui. Elle est seulement moins courageuse.

Une nation ne meurt pas le jour où elle perd son indépendance. Elle meurt le jour où elle cesse de croire qu’elle peut encore décider de son avenir.

En 2026, la question n’est plus si la France a besoin de l’Europe. La question est de savoir comment elle y entre. Réformée et souveraine. Ou affaiblie, endettée, dépossédée — glissée plutôt qu’entrée.

Ni repli national, ni fuite fédérale. Une confédération de nations qui pèsent ensemble, à leur rythme, sans jamais s’effacer.

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Paul Corey