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Ils se cachent derriere Keynes

Édito WOW! 10 juillet 2026

Ils se cachent derriere Keynes

En cinquante ans de keynésianisme appliqué, la France a multiplié sa dette par six. Elle emprunte aujourd’hui 310 milliards d’euros par an: un record historique, dépassant même l’année Covid. Nos dirigeants appellent ça de la politique économique. Keynes appelait ça de la prudence conjoncturelle. Les deux ont tort.

Il existe des théories que l’on enseigne. Et d’autres que l’on utilise pour ne pas réformer. Le keynésianisme appartient à la seconde catégorie. Né dans la Grande Dépression, conçu pour des crises courtes et des États peu endettés, il est devenu en France le catéchisme permanent d’une classe dirigeante qui a trouvé dans la dépense publique un substitut commode à toute décision structurelle.

Keynes lui-même avait posé la condition : “À long terme, nous serons tous morts.”

Ses héritiers politiques ont pris la formule au sérieux. Ils ont emprunté. Ils ont dépensé. Et ils ont laissé la facture.

Son premier défaut est arithmétique. Le multiplicateur keynésien - cette promesse que chaque euro dépensé par l’État en génère plusieurs dans l’économie - ne fonctionne qu’en économie fermée, à faible endettement initial, en situation de sous-emploi massif. En économie ouverte, les politiques de relance ne servent bien souvent qu’à financer des biens importés, soutenant les économies étrangères tout en creusant la dette publique.

La relance socialiste française de 1981 en est l’illustration parfaite : pendant que Paris stimulait la demande, Bonn et Londres se réformaient. La France a décroché. Le multiplicateur est resté à quai.

Son deuxième défaut est politique. Le keynésianisme donne aux gouvernements une autorisation théorique de dépenser sans jamais leur en fixer le terme. Conçu comme un outil de crise, il est devenu un régime permanent.

En France, les dépenses publiques qui représentaient 40,9 % du PIB en 1973 ont atteint 57 % en 2024 avec un déficit quasi permanent depuis un demi-siècle. Aucune urgence ne justifie un demi-siècle de déficit.

Le keynésianisme est instrumentalisé par les gouvernements qui cherchent depuis toujours : une théorie “savante” pour habiller leur impéritie politique. En réalité, on ne dépense pas parce qu’on est keynésien. On se dit keynésien parce qu’on a décidé de dépenser.

Son troisième défaut est démontré par ses contradicteurs. La Suède des années 1990: modèle social, syndicats puissants, social-démocratie assumée.. a choisi l’inverse. Face à une crise bancaire et un déficit de 7 % du PIB, elle a coupé dans les dépenses, réformé les retraites, libéralisé les marchés.

Loin de casser la consommation, la réduction du déficit a entraîné une croissance du PIB de 26 % entre 1993 et 1996. La dette, passée de 32 % à 88 % du PIB en quelques années, est redescendue sous 60 % dès 2002. Aujourd’hui, la dette suédoise est à 31 % du PIB. Celle de la France à 117,5 %.

Le Canada a fait pareil. En 1993, déficit à 8,7 % du PIB, gouvernement libéral, slogan de campagne sur l’emploi. Une fois élu, Jean Chrétien a coupé 20 % des effectifs fédéraux, réduit les dépenses de 48 % à 37 % du PIB. De 1994 à 2003, le Canada a affiché la croissance la plus forte du G7 (3,6 % en moyenne) et le seul excédent budgétaire fédéral du groupe. La théorie keynésienne prédisait la récession. Le Canada a connu sa meilleure décennie.

Ce que Keynes n’avait pas anticipé, c’est l’état dans lequel arrive la France en 2026. La dette publique française dépasse désormais 116 % du PIB, avec le déficit le plus élevé et le troisième rang des pays les plus endettés de la zone euro. Les dépenses d’intérêts devraient franchir les 100 milliards d’euros à l’horizon 2029 — contraignant de manière croissante les marges de manœuvre pour financer les priorités nationales. On emprunte pour payer les intérêts de ce qu’on a emprunté pour relancer.

Voici donc l’impasse auquel conduit le détournement politique du keynésianisme.

Pourquoi ces gouvernements qui ont conduit la France de 20 % à 117 % de dette en quarante ans osent-ils encore se réclamer de Keynes, au détriment de toute réalité objective ?

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Paul Corey