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Qui a suspendu quoi, monsieur Lecornu ?

Ce 22 juillet 2026 dans Paris Match 😡

Qui a suspendu quoi, monsieur Lecornu ?

L’homme qui a suspendu la réforme des retraites pour sauver son poste vient de découvrir une vertu : on ne peut pas tout suspendre. Il fallait oser. Sébastien Lecornu l’a fait, dans Paris Match, entre deux photos.

Reprenons la chronologie, puisque le premier ministre compte sur notre amnésie.

Une dissolution aussi incompréhensible qu’inutile prive le pays de majorité. Un gouvernement est installé non pour gouverner mais pour durer. Pour permettre au président de finir son mandat sans nouvelle secousse.

Le prix de cette survie ? La suspension de la mère des réformes, celle des retraites, sacrifiée sur l’autel de la non-censure. Des dizaines de milliards d’engagements futurs, gelés pour acheter quelques mois de tranquillité parlementaire.

Et voici que le même homme, dans le même mandat, nous explique avec gravité qu’« il faut avoir l’honnêteté de proposer une direction budgétaire maintenant » et que « nous ne pouvons pas suspendre toutes les décisions jusqu’en 2027 ».

Toutes, non. Seulement celles qui fâchent. La suspension est à géométrie variable : structurelle pour les retraites, inconcevable pour les niches.

Regardons ce que contient cette « direction » qu’on nous somme d’admirer. Un effort demandé à ceux qui achètent plus de 50 boîtes de médicaments par an — traduction : les malades chroniques. Un « bonus-malus budgétaire entre ministères », gadget de consultant. Un fonds de TVA qu’on « verdit », un « dividende démographique » qu’on redistribue.

Face à 5 % de déficit et une dette que le premier ministre juge lui-même « préoccupante, grave même », on nous propose de compter les boîtes de Doliprane.

L’aristocratie d’État a inventé le régime minceur qui ne touche jamais à sa propre assiette.

Le plus savoureux reste l’avertissement final : les candidats qui bloqueraient le budget « condamneraient leur propre première année de quinquennat ». Autrement dit : moi, j’ai suspendu la réforme la plus lourde du pays pour protéger mon présent ; mais vous, ne suspendez rien, ce serait sacrifier votre avenir.

La leçon de courage budgétaire donnée par l’homme du renoncement.

Ce gouvernement n’a pas été formé pour décider. Il a été formé pour que rien ne se décide avant mai 2027. Il a parfaitement rempli sa mission.

Qu’il ne vienne pas, à un an du terme, réclamer les honneurs dus aux gouvernements qui gouvernent. On ne peut pas être à la fois le gardien de la pause et le procureur de l’immobilisme. On ne peut pas geler la mère des réformes et s’indigner que le pays tremble de froid.

Ce gouvernement ne manque pas de culot ; il manque de courage. Le premier ne connaît aucune suspension. Le second n’a jamais été à l’ordre du jour.

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Paul Corey