Classe politique : pourquoi si petite face à des problèmes si grands ?
Édito WOW! · 23 juillet 2026

Seulement 22 % des Français font confiance à la politique. Les partis tombent à 15 %, l’Assemblée à 20 %, plus bas niveau depuis 2009. En face : une dette qui file vers 120 % du PIB, une école qui décroche, une guerre sur le continent. Jamais les enjeux n’ont été si grands. Jamais ceux censés les traiter n’ont paru si petits. Et n'ont moins intéressés les premiers concernés.
Les chiffres sont tombés le 9 février 2026 et ils n’ont même plus fait scandale. La vague 17 du baromètre CEVIPOF enregistre une défiance de 78 % envers la politique, contre 55 % en Allemagne.
Le dossier à charge est fourni : cinq Premiers ministres depuis 2022, une censure aboutie pour la première fois depuis 1962, un budget adopté le 2 février à coups de 49.3, un mois après le début de l’exercice.
Avant de conclure au naufrage des hommes et femmes politiques, détour par l’histoire. La IVe République changeait de gouvernement tous les six mois ; les géants des Trente Glorieuses gouvernaient avec 5 % de croissance annuelle, ce qui pardonne beaucoup de médiocrités.
Le passé qu’on invoque pour accabler le présent est largement mythifié
Les problèmes ont changé d’échelle : dette, climat, vieillissement, guerre hybride, rien ne se règle en un mandat. Le pouvoir s’est dispersé entre Bruxelles, Francfort et une charge de la dette qui dévore les marges. Et l’ingouvernabilité a été votée : trois blocs irréconciliables, choisis par les électeurs en 2024. Une démocratie a, pour partie, les dirigeants qui représentent ses propres contradictions.
Pourquoi ce personnel politque semble-t-il si mal armé face à cette situation ?
La politique est devenue un métier. Assistant parlementaire, cabinet, appareil, mandat… qui produit d’excellents connaisseurs du système et de médiocres connaisseurs du pays. Quand 87 % des citoyens estiment que les politiques ignorent leurs préoccupations, ils mesurent une distance sociale objective.
La mort des partis de masse est actée. Ces machines à former des dirigeants sur vingt ans sont devenues des écuries présidentielles. Le filtre récompense la loyauté au chef et la performance de plateau. La compétence terminale du système se résume désormais sur un seule verbe: perdurer.
Plus l’horloge est haut perchée, plus le temps court vite. Plus fort que Einstein. Former un médecin prend dix ans ; redresser les comptes exige, selon la Cour des comptes, un effort de 110 milliards d’euros. En face, un Premier ministre dure le temps d’un budget. Investir dans une réforme de long terme devient irrationnel : coûts immédiats, bénéfices pour un successeur. Les acteurs optimisent le jeu qu’on leur a construit. Ce jeu est idiot.
La réforme des retraites, suspendue comme monnaie d’échange parlementaire, en fournit la preuve : chaque gouvernement achète quelques mois en vendant quelques années.
Le bouclage est enclenché : la défiance produit l’instabilité, l’instabilité l’impuissance, l’impuissance la défiance.
La même enquête du CEVIPOF livre l’antidote : 82 % restent attachés à la démocratie, les maires conservent 60 % de confiance, l’hôpital 79 %. Le pays réclame du concret, de la proximité, du contrôle. Le courage politique relève moins de la vertu individuelle que de l’architecture des institutions : Mendès France a pu trancher parce qu’il avait annoncé qu’il partirait.
L’ obstacle est tellement simple qu’on finit par l’oublier: ceux qui peuvent changer les règles sont ceux qu’elles ont fait rois.
Pendant combien de temps encore notre pays supporters t'il des politiques autistes, autant enfermés dans leur impuissance ?
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Paul Corey