Ministre de l’Intérieur
Haut fonctionnaire de la sécurité intérieure, devenu ministre sans parcours politique

Toujours dans son domaine, Laurent Nunez traverse les responsabilités et les crises avec résilience.
Né le 19 février 1964 à Bourges, fils d’une institutrice et d’un architecte, issu d’une famille pied-noire d’origine andalouse rapatriée d’Algérie en 1962. Pas de réseau politique familial, pas de grande école dès l’origine.
Il commence inspecteur des impôts au ministère des Finances, obtient un DESS à l’université de Tours, rencontre sa future femme dans les couloirs de Bercy. Ce n’est qu’en 1997, à 33 ans, qu’il intègre l’ENA, promotion Cyrano-de-Bergerac. Il en sort en 1999 et choisit aussitôt son domaine : la sécurité intérieure.
Pendant quinze ans, il progresse sans éclat dans l’appareil d’État. Préfectures, postes techniques, montée régulière. De 2015 à 2017, il dirige la préfecture de police des Bouches-du-Rhône : le nombre de trafics de stupéfiants démantelés progresse de 28 % dans le département.
En 2017, Macron le choisit pour prendre la tête de la DGSI, les services de renseignement intérieur. Aucun discours, aucune posture médiatique. Une fonction : surveiller, anticiper, neutraliser.
Le 16 octobre 2018, il entre au gouvernement comme secrétaire d’État à l’Intérieur, aux côtés de Christophe Castaner, en pleine montée de la crise des Gilets jaunes.
Le mouvement engendre 2 448 blessés côté manifestants et 1 797 parmi les forces de l’ordre selon les chiffres du ministère arrêtés en mai 2019. L’IGPN ouvre plus de 300 enquêtes judiciaires pour suspicion de violences. Dans les faits, une large part sera classée sans suite, et seules quelques condamnations seront prononcées, malgré des cas emblématiques de blessures graves. Nuñez défend sans écart la doctrine du maintien de l’ordre et le maintien du LBD.
Monsieur Nunez ne concède rien publiquement, ne corrige rien. Sa posture peut se résumer comme suit : maintenir l’ordre, protéger l’institution, exécuter la ligne — sans jamais l’incarner politiquement.
En juillet 2022, il est nommé préfet de police de Paris à la tête de 40 000 fonctionnaires dont 30 000 policiers. Il gère les émeutes qui suivent la mort de Nahel en juin 2023, les manifestations contre la réforme des retraites, puis la sécurisation des Jeux olympiques de l’été 2024, opération saluée à l’international. Il est élevé au rang de commandeur de la Légion d’honneur en janvier 2025.
Le 12 octobre 2025, il est nommé ministre de l’Intérieur dans le gouvernement Lecornu II, succédant à Bruno Retailleau.
Troisième passage à Beauvau pour un homme qui n’a jamais quitté le périmètre sécuritaire depuis vingt-cinq ans. À peine installé, il présente un plan d’investigation en 125 mesures pour les services d’enquête judiciaire. Il engage parallèlement une loi renforcée contre le séparatisme, avec de nouveaux outils de dissolution et de contrôle.
En mars 2026, dans un discours prononcé à la Grande Mosquée de Paris, il déclare ne pas soutenir une interdiction du port du voile pour les mineures dans l’espace public, au nom de la non-stigmatisation et des principes républicains. Ses soutiens y voient un pragmatisme assumé ; ses opposants une ligne incohérente avec la fermeté affichée par ailleurs contre l’islam politique.
Cet équilibre — durcissement contre le séparatisme, prudence sur les symboles religieux — résume une posture constante depuis vingt-cinq ans : la doctrine appartient au politique, l’exécution lui revient. Sa maîtrise technique est reconnue de tous, des syndicats de police à l’opposition parlementaire. Ce n’est pas de la cohérence. C’est de la loyauté.
Ainsi, Laurent Nuñez incarne une figure devenue structurelle dans l’État contemporain : le haut fonctionnaire qui accède au politique sans changer de nature, traversant les gouvernements, les fonctions, les crises et les polémiques avec la même méthode — l’exécution — sans jamais en être ni architecte, ni victime.
Paul Corey