António Guterres
Directeur du plus grand théâtre de la bonne conscience...

L’homme qui dirige l’ONU depuis 2017 est un socialiste portugais devenu le gardien d’un ordre mondial qu’il ne peut plus défendre
Né le 30 avril 1949 à Lisbonne, sous la dictature salazariste, António Guterres grandit dans un Portugal fermé sur lui-même. Son père, ingénieur, lui offre une éducation solide. Il intègre l’Instituto Superior Técnico, sort major en génie électronique en 1971. L’année suivante, il rejoint le Parti socialiste clandestin. La Révolution des Œillets d’avril 1974 ouvre la voie. Il entre au Parlement en 1976, à vingt-sept ans.
De 1976 à 1995, il cumule les mandats parlementaires, s’impose comme expert des questions sociales. En 1992, il prend la présidence de l’Internationale Socialiste. En 1995, il devient Premier ministre du Portugal. Quatre ans de croissance, intégration dans la zone euro en 1999, taux de chômage ramené à 4 %. En 2002, la droite reprend le pouvoir. Son bilan portugais s’arrête là.
De 2005 à 2015, il dirige le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. Dix ans, cinq crises majeures : Irak, Afghanistan, Syrie, Afrique centrale, Méditerranée. Le nombre de déplacés dans le monde passe de 37 à 60 millions sous son mandat. Il multiplie les appels, mobilise les fonds, réforme la bureaucratie onusienne. En 2015, 1,3 million de personnes traversent la Méditerranée. La machine humanitaire tient. À peine.
Le 1er janvier 2017, il prend la tête de l’ONU. Ses priorités : paix, développement durable, droits humains, action climatique. En 2017, le budget ordinaire de l’organisation est de 5,4 milliards de dollars. Trump suspend aussitôt les contributions américaines au financement de l’UNRWA. Guterres proteste, négocie, reconfigure.
En 2022, la Russie envahit l’Ukraine. Le Conseil de sécurité est paralysé par le veto russe. Guterres se rend à Moscou le 26 avril 2022, rencontre Poutine, obtient un accord sur les couloirs humanitaires. L’accord tient trois jours. Il est qualifié de naïf par Kiev.
En décembre 2023, il invoque l’article 99 de la Charte de l’ONU pour la première fois depuis 1971, pour alerter le Conseil sur Gaza. Geste symbolique fort. Sans aucun résultat sur le terrain. Les États-Unis opposent leur veto. Plus de 50 000 morts palestiniens recensés en dix-huit mois.
Guterres répète que le droit international doit primer. Israël lui interdit l’entrée sur son territoire en octobre 2024.
Son second mandat court jusqu’en 2026. L’institution qu’il dirige est financièrement exsangue : en 2024, l’ONU accumule 2,4 milliards de dollars d’arriérés de contributions. Les États membres paient en retard ou pas du tout.
La réforme du Conseil de sécurité, qu’il appelle de ses vœux depuis 2017, n’a pas avancé d’un millimètre. Ses discours sur le multilatéralisme résonnent dans des salles vides.
Ainsi, António Guterres incarne la tragédie du fonctionnaire international parfait : compétent, intègre, éloquent, il préside depuis neuf ans au déclin visible de l’institution qu’il sert, sans les moyens de l’enrayer, condamné à témoigner des catastrophes qu’il ne peut empêcher
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Paul Corey