António Costa
Le Président du Conseil Européen sous enquête anticorruption...

L’homme qui a redressé le Portugal après l’austérité a quitté le pouvoir sous enquête pour corruption, avant d’accéder à la présidence du Conseil européen.
Né le 17 juillet 1961 à Lisbonne, António Costa est le fils d’Orlando da Costa, écrivain communiste d’origine goannaise, et d’une journaliste engagée. Ses origines sont un mélange atypique : portugais, mozambicain, indien. À quatorze ans, en 1975, il rejoint les Jeunesses Socialistes au lendemain de la Révolution des Œillets. Droit à l’Université de Lisbonne, puis un postgraduat en études européennes à l’Université Catholique. Dès 1982, à vingt et un ans, il siège à l’Assemblée municipale de Lisbonne.
De 1991 à 2004, il est député à l’Assemblée de la République. Secrétaire d’État aux affaires parlementaires en 1995, ministre de la Justice de 1999 à 2002. Treize années à gravir les échelons sans jamais être la figure principale. En 2004, un passage éclair au Parlement européen, un an seulement. En 2007, il se reconvertit en maire de Lisbonne. Réélu en 2009 et 2013 avec des majorités croissantes, il transforme le poste en laboratoire politique.
En septembre 2014, il prend la tête du Parti Socialiste en écrasant le secrétaire général sortant avec près de 70 % des voix. Le 4 octobre 2015, les législatives placent la droite en tête avec 38,6 %, les socialistes à 32,3 %. Costa construit allors une coalition improbable avec la gauche radicale — Bloc de Gauche, communistes, Verts — qui renverse le gouvernement conservateur. Le 26 novembre 2015, il est nommé Premier ministre. La manœuvre déroute l’Europe entière.
Son premier mandat est un succès mesuré. Il réduit le déficit public de 4,4 % à 0,4 % du PIB entre 2015 et 2019, sans prolonger l’austérité. Le chômage chute de 12 % à 6,5 %. Il rétablit les salaires des fonctionnaires, revalorise le SMIC. En janvier 2022, son parti remporte une majorité absolue inédite avec 41,7 % des voix, 117 sièges sur 230. Il semble insubmersible.
Le 7 novembre 2023, tout s’effondre en quelques heures. La justice lance l’Opération Influencer : 42 perquisitions simultanées, dont son propre bureau à São Bento. Son chef de cabinet Vítor Escária est arrêté.
Dans son bureau, 78 000 euros en liquide dissimulés dans des livres et des boîtes de vin. Neuf suspects formels. L’enquête porte sur des concessions minières de lithium à Montalegre et Boticas, un projet d’hydrogène vert à Sines, un centre de données. Costa est lui-même visé par une investigation séparée de la Cour suprême pour avoir prétendument “débloqué des procédures”. Il démissionne le soir même en direct à la télévision, les yeux brillants, invoquant la dignité de la fonction.
Il nie toute implication. Les investigations se poursuivent.
En décembre 2024, il prend la présidence du Conseil européen, succédant à Charles Michel, malgré une procédure judiciaire toujours en cours au Portugal. L’institution qui définit les priorités stratégiques de l’Union est désormais dirigée par un homme sous enquête dans son pays d’origine.
Dans l’UE, les principaux postes ne sont pas élus directement par les citoyens mais résultent d’accords politiques entre les dirigeants des États membres.
Après les élections européennes, les 27 chefs d’État et de gouvernement se réunissent au Conseil européen pour négocier un « paquet » de nominations qui répartit les grandes fonctions européennes selon des équilibres politiques, géographiques et institutionnels.
Le président du Conseil européen — aujourd’hui António Costa — est directement choisi par ces dirigeants. Ils votent entre eux (vote à la majorité qualifiée : il faut l’accord d’au moins 55 % des États membres représentant au moins 65 % de la population de l’Union) pour désigner la personne chargée d’organiser et de présider les sommets des chefs d’État et de gouvernement. Son mandat dure deux ans et demi, renouvelable une fois.
Pour la Présidence de la Commission, les 27 chefs d’Etat votent aussi entre eux mais la nomination n’est pas définitive : le candidat proposé doit ensuite être élu par le Parlement européen à la majorité absolue des députés. C’est ainsi que Ursula von der Leyen a été confirmée à la tête de la Commission. Cette confirmation parlementaire lui donne la légitimité de diriger l’exécutif de l’Union pour un mandat de cinq ans.
Ainsi, António Costa incarne le paradoxe de la social-démocratie européenne : architecte d’un redressement économique réel et d’une habileté tactique rare, il a quitté le pouvoir sous l’ombre d’une corruption dans les filières vertes qu’il prétendait défendre, pour rebondir au sommet de l’Europe six mois plus tard
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Paul Corey