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Charles Michel

Son père était commissaire européen. Il est devenu président du Conseil européen. L'Europe était une hérédité — un siège réservé, sauf pour sa collègue à Ankara.

Charles Michel

Il a présidé le Conseil européen pendant cinq ans. Son image durable : assis dans un fauteuil à Ankara pendant qu’Ursula von der Leyen cherchait où s’asseoir.

Charles Michel naît le 21 décembre 1975 à Namur, Wallonie. Son père Louis Michel est homme politique libéral, futur commissaire européen, figure centrale du Mouvement Réformateur. L’Europe est une langue familiale avant d’être un projet politique. À seize ans, Charles rejoint les Jeunes Réformateurs Libéraux. Il étudie le droit à l’ULB, complète sa formation à Amsterdam dans le cadre d’Erasmus. Il rentre convaincu d’être européen. Il est élu conseiller fédéral en 1999 à vingt-trois ans. Puis ministre wallon. Puis ministre fédéral de la Coopération au développement en 2007. La trajectoire est droite, héréditaire, sans rupture.

En 2011, il prend la tête du MR. En 2014, il mène la coalition aux élections fédérales belges et devient Premier ministre le 11 octobre — le plus jeune depuis Jean-Baptiste Nothomb en 1841. Son gouvernement réunit libéraux francophones, libéraux flamands, chrétiens-démocrates et nationalistes de la N-VA. Équation inédite, fragile par construction. Il impose un programme d’austérité et de réforme du marché du travail salué par l’OCDE. En décembre 2018, la N-VA claque la porte sur le dossier du Pacte mondial sur les migrations. Le gouvernement tombe. Michel reste en affaires courantes. Il ne retrouvera jamais de majorité.

Le 2 juillet 2019, le Conseil européen l’élit président à l’unanimité. Il prend ses fonctions le 1er décembre 2019 — trois semaines avant le premier rapport officiel sur un pneumonie atypique à Wuhan. Son mandat commence dans la crise et n’en sort pas. En juillet 2020, après quatre jours de négociations marathon, il arrache l’accord sur NextGenerationEU — 800 milliards d’euros de relance post-Covid, premier emprunt commun de l’histoire de l’Union. C’est son moment. Peut-être son seul.

Le 6 avril 2021, il se rend à Ankara avec Ursula von der Leyen pour rencontrer Erdogan. Le protocole turc ne prévoit que deux fauteuils. Michel s’assoit à côté d’Erdogan. Von der Leyen, à égalité protocolaire, reste debout, murmure « ehm », finit sur un canapé en retrait face au ministre des Affaires étrangères turc. La scène est filmée, diffusée en boucle sous le hashtag #Sofagate. Des associations féministes européennes lancent une pétition de démission. Michel dit n’avoir « pas dormi depuis ». Il rejoue la scène 150 fois dans sa tête, dit-il à la presse. Il ne démissionne pas. Un an plus tard, à un sommet UE-Union africaine à Bruxelles, un ministre ougandais ignore à nouveau Von der Leyen en face de lui. Michel ne réagit pas. C’est Macron qui intervient.

En janvier 2024, il annonce qu’il abandonne la présidence du Conseil européen pour se présenter aux élections européennes de juin. L’annonce provoque une onde de choc institutionnelle — son mandat court jusqu’en novembre, sa démission anticipée aurait paralysé la présidence pendant des mois.

Moins d’une semaine plus tard, face aux réactions, il fait volte-face et annonce qu’il finira son mandat. La séquence révèle une impulsivité que cinq ans de présidence n’ont pas effacée. Le 30 novembre 2024, il passe le relais à António Costa. Son bilan officiel : deux mandats, une pandémie gérée, une guerre en Ukraine coordonnée, 800 milliards négociés. Mais, pour le grand public, son vrai bilan tient en une image : un canapé à Ankara.

Depuis décembre 2024, il enseigne à la CEIBS — China Europe International Business School de Shanghai — comme « Distinguished Professor ». Il donne des conférences sur les relations UE-Chine. L’institution est partiellement financée par des intérêts proches du gouvernement chinois. La transition, pour un ancien président du Conseil européen qui a coordonné les sanctions contre Pékin et défendu l’autonomie stratégique européenne, ne passe pas inaperçue.

Ainsi, Charles Michel a présidé l’institution censée incarner l’unité des 27 pendant cinq années de crises majeures — et a quitté Bruxelles pour Shanghai, laissant comme image durable non pas les 800 milliards négociés en juillet 2020, mais un fauteuil qu’il n’a pas cédé à Ankara en avril 2021

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Paul Corey