Alexander de Croo
Pris en étau entre une coalition illisible et une droite plus ferme...

Le fils d’un des doyens du parlement belge a dirigé la Belgique quatre ans, avant d’être balayé par le peuple qu’il gouvernait.
Né le 3 novembre 1975 à Vilvorde, en Brabant flamand, Alexander De Croo grandit dans une famille politique de premier plan. Son père, Herman De Croo, siège sans interruption au parlement belge de 1968 à 2014 — quarante-six ans de mandat. Le fils suit des études d’ingénieur commercial à la Vrije Universiteit Brussel, sort diplômé en 1998, puis décroche un MBA au Kellogg School of Management de Northwestern University en 2004. L’université, pas la politique.
De 1999 à 2006, il travaille comme consultant au Boston Consulting Group. En 2006, il fonde Darts-ip, une société de conseil en propriété intellectuelle qui s’internationalise rapidement. Un ami agacé par ses critiques répétées sur les politiciens belges lui lance un défi : entrez vous-même en politique. Il cède. En 2009, il se présente aux européennes sans succès. 47 000 voix, pas de siège. Six mois plus tard, sans avoir jamais exercé de mandat, il remporte la présidence de l’Open VLD avec 11 676 voix contre 9 614.
Cinq mois après sa prise de fonction comme président du parti, en avril 2010, il retire l’Open VLD, parti politique libéral flamand du gouvernement Leterme sur un désaccord institutionnel lié à la circonscription de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Le gouvernement tombe. La Belgique entre dans une crise politique historique : 541 jours sans gouvernement de plein exercice, record mondial à l’époque. Sa manœuvre accélère la montée en puissance de la N-VA, parti nationaliste flamand qui devient le premier parti du pays. Résultat paradoxal pour un libéral apôtre de la stabilité pro-entreprises
À partir de 2012, il accumule les portefeuilles ministériels : Pensions sous Di Rupo, Coopération au développement et Agenda numérique sous Michel, Finances à partir de 2018 quand la N-VA quitte la coalition. Huit années de vice-Premier ministre dans quatre gouvernements successifs.
En 2018, devant 90 000 personnes au Global Citizen Festival de Johannesburg, il prononce un discours remarqué sur l’égalité des femmes. En 2019, il publie The Age of Women. Figure progressiste, défenseur du multilatéralisme, promoteur de l’aide au développement.
Le 1er octobre 2020, après 494 jours de crise politique post-élections de 2019, il prend la tête d’un gouvernement dit Vivaldi : sept partis, socialistes, libéraux, chrétiens-démocrates, verts. La coalition la plus complexe de l’histoire belge récente. Il gère la pandémie, coordonne la réponse économique avec 200 millions d’euros débloqués pour l’Ukraine en février 2024. La Belgique assure la présidence tournante de l’UE au premier semestre 2024. Il accumule les voyages, les sommets, la stature internationale.
Le 9 juin 2024, les électeurs rendent leur verdict. L’Open VLD s’effondre à 8,33 % en Flandre, moins de 6 % au niveau européen. Dans sa propre circonscription d’Oise Orientale, le parti chute de 17,85 % à 10 %. La direction du parti démissionne en bloc. Les yeux brillants, De Croo annonce qu’il quittera la primature le lendemain.
Il restera en affaires courantes 238 jours supplémentaires, jusqu’au 3 février 2025, date à laquelle Bart De Wever lui succède. En novembre 2025, l’Assemblée générale des Nations Unies approuve sa nomination comme administrateur du PNUD.
La dure sanction du parti libéral flamand, longtemps pilier du jeu politique, en 2024, tient à plusieurs facteurs : usure du pouvoir après plusieurs années à la tête du gouvernement, dilution de son identité au sein d’une coalition très hétérogène, et concurrence de forces plus lisibles, à la fois plus fermes et plus radicales…
Coincé entre ces pôles, il a progressivement perdu son électorat, dans un mouvement qui dépasse le seul cadre belge et touche plus largement les formations libérales traditionnelles en Europe, souvent perçues comme technocratiques et éloignées des préoccupations concrètes. Une trajectoire qui n’est pas sans rappeler celle de la droite classique en France, elle aussi affaiblie par la même dynamique de polarisation.
Ainsi, Alexander De Croo aura déclenché en 2010 la plus longue crise gouvernementale de l’histoire belge moderne pour finalement prendre le pouvoir en 2020 pour seulement quatre ans avec une coalition de sept partis et finir balayé par les urnes avec un score que son propre père, en quarante-six ans de carrière, n’aurait jamais imaginé pour la famille.
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Paul Corey