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Thierry Breton

Cinq ans à menacer Elon Musk d'amendes européennes. Le jour où Von der Leyen l'éjecte, il publie un tableau blanc sur X. La directrice générale de X applaudit. Musk rit.

Thierry Breton

Il n’a jamais été élu. Il a dirigé Bull, Thomson, France Télécom, Atos, le ministère des Finances, la Commission européenne. À chaque étape, il est parti avant que l’addition arrive.

Thierry Breton naît le 15 janvier 1955 à Paris. Diplômé de Supélec, école d’ingénieurs d’élite, il commence par l’informatique. En 1981, il crée Forma Systems, une PME de logiciels. Les années 1990 le propulsent dans les sommets industriels français : directeur général de Bull de 1993 à 1997, PDG de Thomson-RCA de 1997 à 2002, PDG de France Télécom de 2002 à 2005. Il restructure, compresse, redresse. Il aime les situations de crise. Il ne supporte pas les hiérarchies qui ne le reconnaissent pas.

En 2005, Jacques Chirac le nomme ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie dans le gouvernement Villepin. Deux ans. Il impose un agenda libéral, défend la loi sur les OPA, négocie le dossier Alstom. En 2007, il quitte le gouvernement avec le changement de président. Il enseigne à Harvard Business School de 2007 à 2008. En 2009, il prend la tête d’Atos, groupe informatique français coté au CAC 40. Dix ans de règne. Il transforme l’entreprise, multiplie les acquisitions — Siemens IT, Xerox ITO, Syntel pour 3,4 milliards de dollars. À son départ en 2019, Atos pèse 11 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Trois ans plus tard, le groupe s’effondre sous le poids des dettes et des erreurs stratégiques. Breton est parti.

Le 1er décembre 2019, Emmanuel Macron le nomme commissaire européen au Marché intérieur. Portefeuille colossal : industrie, numérique, défense, espace. L’association anticorruption Anticor signale immédiatement un risque sérieux de conflit d’intérêts — Breton quitte Atos sans période de carence réelle. La Commission balaye l’objection. Il s’impose rapidement comme la voix la plus offensive de l’exécutif européen contre les géants américains du numérique. Il pilote le Digital Services Act et le Digital Markets Act — deux textes qui obligent Meta, Google, Apple et Amazon à se plier aux règles européennes sous peine d’amendes jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires mondial. Il négocie âprement les contrats de vaccins Covid-19 avec les laboratoires pharmaceutiques. Il menace X d’amendes pour non-respect du DSA. Il envoie des lettres comminatoires à Elon Musk. La directrice générale de X, Linda Yaccarino, applaudit sa démission en septembre 2024 en parlant de « belle journée pour la liberté d’expression ».

Car la fin est fracassante. Depuis des mois, Breton accumule les frondes contre Von der Leyen : il conteste publiquement sa candidature comme tête de liste PPE aux européennes de juin 2024, il dénonce la nomination du député allemand Markus Pieper à un poste rémunéré à la Commission comme une récompense partisane. Von der Leyen obtient un second mandat. Elle contacte Macron — confirmé comme candidat en juillet — et lui demande de retirer le nom de Breton. Le 16 septembre 2024, Breton publie sur X sa lettre de démission avec effet immédiat, accompagnée d’une photo de tableau blanc : « mon portrait officiel pour le prochain mandat ». Il dénonce une « gouvernance douteuse ». Von der Leyen prend « note » et le remercie sobrement. Macron nomme Stéphane Séjourné le même jour.

Depuis décembre 2024, Breton n’exerce plus aucune fonction publique. Il multiplie les déclarations — en janvier 2025, il affirme sur RMC qu’il serait possible de faire annuler le résultat des élections allemandes si l’AfD l’emportait, invoquant les ingérences d’Elon Musk. Musk le traite de « tyran de l’Europe ». Il possède un château en Creuse acheté en 2023. Il est citoyen sénégalais depuis 2015 — un honneur accordé par le président Macky Sall pour trente ans d’engagement envers le pays. Trois nationalités, sept entreprises dirigées, deux ministères, une commission. Jamais une élection.

Ainsi, Thierry Breton a traversé quarante ans de pouvoir économique et institutionnel français et européen sans jamais avoir obtenu un mandat direct des citoyens — bâtissant son autorité sur la compétence revendiquée, la brutalité managériale et une capacité remarquable à quitter les institutions avant que ses héritages ne soient jugés.

Paul Corey