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Mette Frederiksen

La gauche l'accuse de copier l'extrême droite sur l'immigration. Elle répond que c'est précisément pour ça que l'extrême droite ne gouverne pas le Danemark.

Mette Frederiksen

Trump veut acheter le Groenland. Elle lui a répondu que si les États-Unis attaquaient un pays membre de l’OTAN, « tout s’arrête, y compris l’OTAN ». Elle dirigeait 5,9 millions d’habitants. Elle n’a pas cligné.

Mette Frederiksen naît le 19 novembre 1977 à Aalborg, nord du Danemark. Son père est typographe, sa mère enseignante. Famille ouvrière, syndicats, social-démocratie comme langue maternelle. À quinze ans, elle rejoint la branche jeunesse du Parti social-démocrate. Elle n’en partira plus. Elle étudie l’administration et les sciences sociales à l’Université d’Aalborg, obtient sa licence en 2000, travaille comme conseillère syndicale pour la Confédération générale des travailleurs danois. Le terrain avant les bureaux. L’écoute avant les tribunes.

En 2001, à vingt-quatre ans, elle est élue au Folketing, le parlement danois. Elle y restera sans interruption. En 2011, le Parti social-démocrate revient au pouvoir, elle devient ministre de l’Emploi. En 2014, ministre de la Justice. En 2015, défaite électorale, elle prend la tête du parti dans l’opposition. Quatre ans à reconstruire, à repositionner. Elle tire le diagnostic : les sociaux-démocrates européens ont perdu leurs électeurs populaires en adoptant le libre-échange mondialisé et l’immigration sans limite. Elle choisit une voie différente.

Le 27 juin 2019, elle devient Première ministre — la plus jeune de l’histoire du Danemark, à quarante et un ans, la deuxième femme à ce poste.

Son programme est une équation paradoxale : État-providence renforcé, dépenses sociales augmentées, et simultanément politique migratoire parmi les plus strictes d’Europe.

Elle plafonne le nombre de « ghettos » — zones à majorité non-occidentale — à zéro d’ici 2030, impose des quotas d’enfants non-danois dans les crèches, expulse les condamnés étrangers sans délai.

La gauche l’accuse de reprendre les thèses de l’extrême droite. Elle répond que c’est précisément pour ne pas laisser le terrain à l’extrême droite. Les sondages lui donnent raison.

Le 24 février 2022, la Russie envahit l’Ukraine. Frederiksen pivote en quelques heures. Elle était eurosceptique — elle abandonne l’opt-out danois sur la défense européenne lors d’un référendum en juin 2022, obtenu avec 67 % de oui. Elle était dans les « Frugal Four » opposés à la dette commune européenne — elle quitte ce groupe en juin 2025, arguant que le réarmement prime sur la rigueur budgétaire.

Le Danemark engage 11 milliards de dollars d’aide militaire à l’Ukraine, soit l’un des taux les plus élevés au monde rapporté au PIB. En 2025, les dépenses de défense danoises dépassent 3 % du PIB — au-dessus de l’objectif OTAN. La conscription est étendue aux femmes. L’armée se réarme.

Le 7 juin 2024, deux jours avant les élections européennes, un homme de trente-neuf ans la bouscule violemment sur une place publique de Copenhague. Elle ne tombe pas. Elle ne renonce pas. Le soir même, elle fait campagne.

Trump revient sur le Groenland en 2025, évoque l’usage de la force. Frederiksen convoque les ambassadeurs, alerte l’OTAN, déclare publiquement que toute attaque américaine contre le territoire danois signifie la fin de l’Alliance. Washington n’apprécie pas. Elle ne recule pas.

Son héritage est déjà lisible. Elle a réussi ce que peu de dirigeants sociaux-démocrates européens ont accompli : tenir le pouvoir en absorbant les thèmes de la droite sur l’immigration sans abandonner l’État-providence, en pivotant sur la défense sans renier le multilatéralisme.

Le prix : une gauche danoise fracturée, des ONG qui parlent de dérive autoritaire, et une image internationale paradoxale — féministe et hawkish, sociale et restrictive.

Ainsi, Mette Frederiksen a transformé le plus petit des grands pays nordiques en référence européenne de sécurité, en réussissant l’équation que ses homologues échouent à résoudre : rester au pouvoir sans se renier, en disant non à Trump sur le Groenland et oui à 3 % de PIB militaire — au nom des mêmes valeurs.

Paul Corey