Sergio Mattarella
La mafia a tué son frère en 1980. L'Italie lui a confié les clés en 2015. Il avait dit non au second mandat. Mais, à 80 ans, il a cédé. Devoir oblige. Respect

Il gouverne sans gouverner, décide sans décider. A chaque fois qu'il a lâché les rênes, l’Italie s’est effondrée.
Né le 23 juillet 1941 à Palerme dans une famille de la démocratie chrétienne sicilienne. Son père, Bernardo Mattarella, est député de 1945 à 1971, ministre dans onze gouvernements de l’après-guerre. Sergio étudie le droit à La Sapienza de Rome, obtient son diplôme avec mention en 1964. Il enseigne le droit parlementaire à l’Université de Palerme jusqu’en 1983. Une trajectoire d’héritier rangé, sans éclats.
Le 6 janvier 1980 change tout. Son frère Piersanti, président de la région Sicile, est assassiné par la mafia en plein jour à Palerme. Sergio entre en politique par le deuil. Il est élu député en 1983, réélu à six reprises. En 1993, il rédige la loi électorale qui porte son nom — le Mattarellum — pour stabiliser un système à bout de souffle. Elle sera appliquée jusqu’en 2001. Il devient vice-président du Conseil en 1998, ministre de la Défense en 1999. Il supprime le service militaire obligatoire. En 2008, il quitte la politique. En 2011, il entre à la Cour constitutionnelle.
Le 31 janvier 2015, Matteo Renzi le propulse à la présidence avec 665 voix sur 1 009. Renzi cherche un arbitre loyal. Il trouve mieux : un garant indépendant. Trois ans plus tard, le 27 mai 2018, Mattarella refuse de nommer Paolo Savona — eurosceptique notoire — au ministère de l’Économie. Le gouvernement M5S-Ligue s’effondre. Il invoque sa responsabilité de “garant des traités européens”. La crise dure deux mois. Macron salue son “courage”. Salvini appelle à sa destitution.
En 2018, il nomme Giuseppe Conte Premier ministre malgré l’absence de précédent. En 2021, face à l’effondrement du gouvernement Conte II, il appelle Mario Draghi — ancien président de la BCE — à former un gouvernement de technocrates. Draghi stabilise l’Italie, obtient 200 milliards du plan NextGenerationEU. En juillet 2022, Draghi démissionne sous pression des partis. Mattarella refuse d’abord, puis accepte. Dissolution immédiate. Giorgia Meloni remporte les élections en octobre 2022 avec 26 % pour Fratelli d’Italia.
Le 29 janvier 2022, il avait pourtant annoncé qu’il ne briguerait pas de second mandat. Les partis bloqués depuis une semaine le supplient. Au huitième tour, il obtient 759 voix — 254 au-dessus de la majorité requise, deuxième meilleur score de l’histoire républicaine italienne. À 80 ans, il cède. Second mandat de sept ans. Il serait en fonction jusqu’en 2029. Il aura 88 ans.
Depuis 2022, il cohabite avec Meloni sans fracas apparent. Il critique les décrets jugés inconstitutionnels, rappelle publiquement les valeurs républicaines, refuse de signer ce qui lui semble dépasser les bornes. Avec Meloni au pouvoir et Trump revenu à Washington, il réaffirme en février 2025 à Marseille l’attachement de l’Italie à l’architecture multilatérale.
Il détient désormais le record de longévité présidentielle dans l’histoire de la République italienne.
Ses défenseurs voient un rempart contre le chaos. Les faits montrent une Italie à 137,9 % de dette publique/PIB en 2025, six gouvernements en dix ans, une instabilité structurelle que nul président ne peut résoudre seul.
Ainsi, Sergio Mattarella incarne le paradoxe institutionnel italien : l’homme le plus stable d’un système chroniquement instable, gardien d’une Constitution que personne ne respecte vraiment, élu pour sept ans par des parlements qui ne survivent jamais sept ans.
Paul Corey