Luiz Inácio Lula da Silva
Une trajectoire politique complexe et hors du commun...

L’ouvrier métallurgiste sans diplôme qui a dirigé la huitième économie mondiale trois fois, dont une après être sorti de prison.
Né le 27 octobre 1945 à Caetés, dans l’État de Pernambouc, au cœur du Nordeste pauvre du Brésil, Luiz Inácio da Silva est le septième de huit enfants d’une famille de paysans analphabètes. À douze ans, il abandonne l’école pour travailler. Cireur de chaussures, vendeur à la criée, livreur. À dix-huit ans, il devient ouvrier tourneur dans une usine métallurgique de São Paulo. Il perd l’annulaire gauche dans un accident du travail à vingt-deux ans. Sa première femme meurt en couche en 1971. La misère, concrète et chiffrée.
En 1969, il adhère au syndicat des métallurgistes. En 1975, à trente ans, il en prend la présidence, représentant alors 100 000 travailleurs. En 1979, il organise la première grande grève contre la junte militaire : 170 000 ouvriers cessent le travail. Le régime la déclare illégale. Lula est arrêté. En 1980, nouvelle grève de 41 jours. Il est encore emprisonné, libéré après six jours de grève de la faim. La même année, il cofonde le Parti des Travailleurs. En 1989, au premier tour de la première présidentielle démocratique, il obtient 17,2 %. Il échoue encore en 1994 et 1998.
Le 27 octobre 2002, à sa quatrième tentative, il est élu avec 61,3 % des suffrages.
Son premier mandat (2003-2007) transforme le pays. La Bolsa Família — programme d’allocations familiales — couvre 12 millions de ménages, soit 60 millions de Brésiliens, en 2010. Près de 40 millions de personnes sortent de la misère sur huit ans. Le PIB brésilien double. Le taux de chômage chute de 12 % à 6 %. Il est réélu en 2006 avec 60,8 %. En 2010, il quitte le pouvoir avec 87 % de taux d’approbation, record absolu dans l’histoire démocratique brésilienne.
En juillet 2017, la justice le condamne dans le cadre du scandale Lava Jato — l’affaire Petrobras, le plus grand scandale de corruption de l’histoire du Brésil. Le juge Sérgio Moro, qui instruit le dossier, prononce douze ans de prison pour corruption et blanchiment. En avril 2018, Lula est arrêté. Il reste incarcéré 580 jours, jusqu’en novembre 2019. Sa candidature à la présidentielle 2018 est invalidée. Bolsonaro gagne.
En mars 2021, la Cour suprême annule toutes les condamnations, constatant la partialité du juge Moro — qui avait entretemps été nommé ministre de la Justice par Bolsonaro. Les dossiers sont prescrits. Lula n’est pas innocenté : il est libéré pour vice de procédure.
Le 30 octobre 2022, à soixante-dix-sept ans, il bat Bolsonaro au second tour avec 50,89 % — la plus faible marge de l’histoire électorale brésilienne. Le 8 janvier 2023, une semaine après son investiture, des milliers de partisans de Bolsonaro envahissent et saccagent le Congrès, le palais présidentiel et la Cour suprême. Lula invoque l’état de siège. Plus de 2 000 personnes sont arrêtées.
Il préside la COP30 à Belém en 2025, se posant en champion climatique mondial, pendant que la déforestation de l’Amazonie atteint des niveaux records sous son propre mandat. En octobre 2025, malgré une popularité en berne à 38 %, il annonce sa candidature à un quatrième mandat en 2026, à quatre-vingts ans.
Son troisième mandat se heurte à l’inflation alimentaire, un Parlement dominé par la droite radicale et des dépenses publiques qui font fuir les investisseurs. La dette publique brésilienne dépasse 88 % du PIB en 2025. Il a subi une opération de la hanche en octobre 2023 et une chirurgie cérébrale en décembre 2024.
Ainsi, Lula da Silva demeure la figure la plus paradoxale de la gauche mondiale du XXIe siècle : sorti de prison pour présider le G20, champion des pauvres poursuivi pour corruption, défenseur de l’Amazonie dont il laisse brûler les forêts, insubmersible à quatre-vingts ans dans un pays qu’il n’a jamais fini de réparer.
Paul Corey