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Bayrou a‑t‑il retenu quoi que ce soit ?

Emmanuel Macron en 2017, Thierry Breton en 2027. Bayrou adoube un autre technocrate pour rejouer la même partition.

Bayrou a‑t‑il retenu quoi que ce soit ?

François Bayrou ne gagne jamais. Personne ne le lui demande mais il adoube. C’est son grand talent. Et il vient de le rejouer.

En 2017, il s’efface devant Emmanuel Macron et lui apporte ce qui lui manque : un parti, une respectabilité, un récit. Neuf ans plus tard, on connaît le rendement de l’opération. Le dépassement a produit de l’impuissance. La réforme a produit de la norme. La modernité a produit de la dette. La verticalité a produit de la colère.

On pouvait espérer une leçon. Il en tire Thierry Breton.

Le problème n’est pas l’âge. Soixante et onze ans, ce n’est pas un argument. Le problème est que Breton coche toutes les cases et que cocher toutes les cases est précisément la maladie française.

Thomson. France Télécom. Atos. Bercy. Bruxelles. Les conseils d’administration. L’homme a fréquenté chaque étage du système dont le pays dit vouloir sortir.

Bayrou le vante comme capable d’exercer « dès le lendemain de l’élection ».

Tout le malentendu tient dans cette phrase.

La France ne cherche pas quelqu’un pour occuper le bureau. Elle cherche quelqu’un pour profondément changer le pays et le redresser.

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Connaître les arcanes de la Commission n’est pas un projet. Avoir négocié avec von der Leyen n’est pas une vision. Un président n’est pas recruté parce qu’il entre dans le costume. Il est élu parce qu’il sait ce qu’il veut en faire.

Le pari de 2017 confondait la maîtrise du système avec la capacité à le transformer. Macron connaissait si bien les rouages qu’il en est devenu le produit parfait. Le pari de 2027 serait le même, en plus lourd : demander à l’un des représentants les plus accomplis du système de nous en délivrer.

Il faudrait croire que la réponse à la crise démocratique est un ancien commissaire européen. Que la réponse à la défiance envers les élites est un homme passé par toutes les élites. Que la réponse à la colère contre la technocratie est un technocrate plus expérimenté.

Un élu du MoDem résume mieux que n’importe quel éditorialiste : « du Bayrou pur jus. Techno et libéral. »

Ce n’est pas un casting raté. C’est un logiciel intact.

Bayrou croit que la France manque d’un bon gestionnaire. Elle manque d’une direction. Il cherche à réconcilier les raisonnables. Le pays cherche quelqu’un qui tranche. Il croit que le centre est une réponse.

Le centre n’est qu’un emplacement, une position virtuelle intenable qui conduit à l’immobilisme, une illusion qui - par essence - ne peut pas trouver de majorité.

À force de ne choisir entre rien et rien, le centrisme a cessé de dépasser les clivages. Il les anesthésie. Il ne transforme pas le pays. Il rassemble ceux qui l’administrent.

Alors on organise. Une réunion restreinte. Des consultations. Un dispositif, un casting, une coalition, une méthode.

Toujours la méthode. Jamais la destination.

Reste la seule question qui vaille, et personne n’y répond : contre quels intérêts, quelles habitudes, quelles institutions Thierry Breton est‑il prêt à se battre ? Tant qu’on l’ignore, il n’est pas le candidat d’une rupture. Il est le candidat de la continuité des compétents.

Le pays demande une alternative. On lui propose une succession. Après le technocrate jeune, le technocrate expérimenté. Après Charybde, Scylla.

La France n’a pas besoin d’un second Macron. Même avec trente ans de plus.

Paul Corey