Nathalie Loiseau
L' Europe des "fonctionnaires" face au vote (et l'instinct) du peuple...

Quarante ans au service de l’État, un parcours en clair-obscur : l’ombre d’une jeunesse mal assumée, la lumière d’une carrière qui rebondit à chaque éviction.
Née le 1er juin 1964 à Neuilly-sur-Seine, elle grandit dans une famille où le père exerce comme consultant en fusions-acquisitions. Elle entre à Sciences Po en 1983, puis à l’Inalco où elle étudie le chinois.
En 1984, elle figure sur une liste étudiante de l’Union des étudiants de droite, aux côtés d’anciens militants du Groupe Union Défense (GUD). Confrontée aux faits des décennies plus tard, elle dira avoir « complètement oublié cet épisode ».
À 22 ans, en 1986, elle réussit le concours du Quai d’Orsay. Diplomate en Indonésie de 1990 à 1992, conseillère d’Alain Juppé de 1993 à 1995, avec des affectations au Sénégal et au Maroc. Porte-parole de l’ambassade de France à Washington de 2002 à 2007, elle y traverse la crise irakienne, gérant l’hostilité grandissante de l’opinion américaine envers Paris.
Le 8 novembre 2011, le Premier ministre François Fillon et le ministre Alain Juppé la nomment directrice générale de l’administration du Quai d’Orsay avec pleine main sur la gestion du ministère.
L’alternance de mai 2012 installe Laurent Fabius au ministère. Fin août 2012, à peine neuf mois après sa nomination, elle en est évincée, sans motif officiel : une amie diplomate y voit « le fait du prince », une décision arbitraire qu’elle impute à Fabius.
Le 3 octobre 2012, reclassement immédiat. Elle est nommée directrice de l’École nationale d’administration, poste qu’elle occupe cinq ans.
Nathalie Loiseau revendique vouloir limiter les discriminations au concours d’entrée mais le dispositif phare, la classe préparatoire « Égalité des chances », existait déjà depuis 2009, avant son arrivée. Les vraies innovations, deuxième antenne à Strasbourg, concours « Talents », arrivent en 2019 puis 2021, après son départ.
Sous sa direction, l’école accumule un déficit de 2,84 millions d’euros en 2017, quatrième année consécutive dans le rouge. Elle-même admettra plus tard « les limites auxquelles je me suis heurtée ».
Le 21 juin 2017, elle succède à Marielle de Sarnez comme ministre chargée des Affaires européennes. Premier dossier : les négociations du Brexit, lancées trois jours plus tôt. Vingt et un mois au gouvernement…
Tête de liste LREM “La République En Marche” aux européennes de 2019, elle promet de devancer le RN. Sa liste recueille 22,4% des voix, reléguée derrière celle de Marine Le Pen à 23,3% (0,89 point d’écart).
Une semaine plus tôt, une plaisanterie maladroite et facile sur un chat imaginaire baptisé « Brexit » avait fait le tour de la presse internationale.
Élue eurodéputée, Nathalie Loiseau préside la sous-commission sécurité et défense du Parlement européen de 2019 à 2024.
En 2022, elle alerte sur les rejets d’eaux usées britanniques en mer après le Brexit et dénonce un contrat entre l’entreprise chinoise Nuctech et l’aéroport de Strasbourg.
Le 22 décembre 2021, nouveau rebond : elle rejoint Horizons, le parti d’Édouard Philippe. Réélue en juin 2024, cinquième sur la liste « Besoin d’Europe ».
Depuis 2024, elle préside la commission spéciale sur le bouclier européen de la démocratie, chargée de contrer la désinformation, ironie tardive pour une carrière marquée par un épisode oublié en 1984.
Mariée depuis juillet 1992, catholique pratiquante, mère de quatre enfants, elle reste marquée par sa défaite contre le parti qu’elle a fait carrière de combattre.
Ainsi se dessine le parcours paradoxal de Nathalie Loiseau : une carrière qui l’a conduite aux plus hautes fonctions sans qu’aucune réforme majeure ne lui soit véritablement attachée, et un combat politique contre le RN qui ne s’est jamais traduit par une victoire électorale.
Paul Corey