Lire le livre

Nathalie Kosciusko-Morizet

Nathalie Kosciusko-Morizet

Héritière d’une dynastie politique, ministre à 37 ans, exilée dans la tech new-yorkaise à 44, elle revient en 2026 derrière un candidat qui a quitté leur famille commune.

Nathalie Kosciusko-Morizet naît le 14 mai 1973 dans une lignée du pouvoir. Son grand-père Jacques Kosciusko, résistant, fut ambassadeur de France aux États-Unis. Son père François fut maire de Sèvres. Son frère Pierre a cofondé PriceMinister, troisième site de e-commerce français. Elle sort de Polytechnique, promotion 1992. À 29 ans, en 2002, elle est élue députée de l’Essonne.

L’ascension est rapide. Secrétaire d’État à l’Écologie en 2007, elle négocie le Grenelle de l’environnement. Économie numérique en 2009. En novembre 2010, ministre de l’Écologie, des Transports et du Logement. En 2012, elle quitte le gouvernement pour devenir porte-parole de la campagne perdue de Nicolas Sarkozy. Elle a 38 ans, un profil de présidentiable.

En octobre 2011, sous son ministère, l’État signe le contrat Ecomouv’ pour collecter l’écotaxe poids lourds. Des centaines de portiques sont érigés sur les routes. Ils ne factureront jamais un camion. Suspendue en 2013 face aux Bonnets rouges, l’écotaxe est abandonnée, et l’État verse 839 millions d’euros d’indemnités à Ecomouv’.

Près d’un milliard englouti, portiques démontés.

Puis la chute électorale. En juin 2013, elle remporte la primaire UMP de Paris avec 58,16% des voix. En mars 2014, ses listes sont battues par Anne Hidalgo. À la primaire de la droite de 2016, elle recueille 2,56%. En juin 2017, agressée en pleine rue pendant la campagne, elle perd son siège face à un candidat En Marche. Quinze ans de mandats s’achèvent.

Elle annonce prendre du recul en octobre 2017, s’installe à New York et dirige l’activité Projet et Consulting de la division cloud et cybersécurité de Capgemini aux États-Unis. Elle rejoint ensuite Antin Infrastructure Partners, à New York de 2021 à 2024, puis à Paris. En janvier 2026, elle intègre le CNTI, centre de recherche sur l’intelligence artificielle et les médias, tout en investissant dans la tech avec son frère Pierre.

Le 2 juin 2026, sur France Inter, elle sort de neuf ans de silence.

« Je vais soutenir Édouard Philippe » , annonce-t-elle pour la présidentielle. Le maire du Havre est, comme elle, issu de LR, parti qu’il a quitté pour fonder Horizons après Matignon. Elle précise n’être « candidate à rien » et vouloir peser sur les sujets d’IA.

Son bilan interroge. Pionnière de l’écologie de droite, elle laisse le fiasco écotaxe à un milliard. Favorite de Paris en 2013, battue partout ensuite. Partie « définitivement » en 2017, revenue en 2026.

L’ingénieure a fait du mouvement une méthode : sept postes en vingt ans, deux continents, zéro victoire depuis 2012.

Ainsi, Nathalie Kosciusko-Morizet illustre une droite flexible qui a déçu dans les urnes, s’est refaite dans la tech américaine, et revient parier sur un transfuge de son propre camp. Sans mandat, sans parti, sans rien à perdre. Et tout à gagner ?

Paul Corey