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Roberta Metsola

Elle défend les droits fondamentaux de 450 millions d'européens... et vient du seul pays UE où l'avortement envoie les femmes en prison.

Roberta Metsola

Elle préside l’institution qui représente 450 millions d’Européens — et vient du plus petit État membre de l’Union, 520 km², 500 000 habitants.

Roberta Metsola naît le 18 janvier 1979 à San Ġwann, banlieue résidentielle de La Valette. Malte n’est pas encore dans l’Union européenne — elle n’y adhère qu’en 2004. Son père est avocat, sa famille baigne dans la politique du Parti nationaliste, conservateur, pro-européen. Elle fait ses études de droit à l’Université de Malte, puis obtient un master au Collège d’Europe à Bruges — la pépinière historique de l’eurocrate ambitieux. Elle parle six langues. Elle a vingt-cinq ans quand elle rejoint le Parlement européen comme juriste-conseillère en 2004, l’année même où Malte entre dans l’UE.

Pendant neuf ans, elle travaille dans l’ombre de l’institution. Elle apprend les rouages, les alliances, la mécanique des groupes. En 2013, elle se présente aux élections européennes sous l’étiquette du Parti populaire européen. Élue. Réélue en 2019 avec le score le plus élevé de tous les candidats maltais. Elle siège en commission des libertés civiles, travaille sur les migrations, l’état de droit, la Hongrie d’Orbán. Sa réputation : rigoureuse, discrète, loyale au PPE.

Le 11 janvier 2022, David Sassoli meurt en fonction. Le Parlement européen n’a plus de président. Le 18 janvier, jour de son quarante-troisième anniversaire, Roberta Metsola est élue à sa succession avec 458 voix sur 690. Elle devient la troisième femme à présider l’institution en soixante-quatre ans d’histoire, et la plus jeune président de l’histoire du Parlement. Sa photo fait la une des journaux européens. L’image est parfaite : jeune, femme, petite nation, grande Europe.

Dix mois plus tard, le 9 décembre 2022, la police belge perquisitionne des appartements bruxellois. Quatre cent cinquante mille euros en cash sont retrouvés dans des sacs. Eva Kaili, vice-présidente du Parlement et membre de son bureau, est arrêtée. Quatre personnes sont inculpées pour corruption au profit du Qatar. Le Qatargate éclate.

En moins de 24 heures, Metsola réagit.: elle suspend Kaili de ses fonctions de vice-présidente, convoque une réunion d’urgence, annonce un audit complet des règles éthiques. Sa gestion de crise est saluée. Les réformes adoptées — délai de carence de deux ans avant tout lobbying post-mandat, registre de transparence renforcé — restent insuffisantes selon les ONG de lutte contre la corruption. Mais le scandale n’a pas de suite judiciaire majeure au niveau institutionnel.

Sa contradiction centrale est maltaise. Malte est le seul État de l’Union européenne où l’avortement est totalement interdit, sans exception, même en cas de danger pour la vie de la mère. Metsola a voté en 2021 contre une résolution non contraignante du Parlement européen demandant l’accès universel à l’avortement.

À la tête d’une institution qui défend les droits fondamentaux, elle refuse de soutenir ce que la Cour européenne des droits de l’homme considère comme un droit. Elle dit respecter la compétence des États membres. Ses défenseurs parlent de cohérence. Ses critiques parlent d’angle mort.

Le 16 juillet 2024, elle est réélue présidente avec 562 voix sur 699 — score record, majorité écrasante. Elle entame son second mandat dans un Parlement plus fragmenté, plus à droite, plus difficile à gouverner. Elle doit composer avec la montée des groupes nationalistes, les 84 élus du Rassemblement national, les 24 du PVV de Wilders. L’institution qu’elle préside ressemble de moins en moins à celle qu’elle a rejointe en 2004.

Ainsi, Roberta Metsola incarne le paradoxe de la construction européenne : une femme élue symbole du progrès démocratique continental, dont le pays d’origine criminalise les droits qu’elle est censée défendre — et dont la popularité ne cesse de croître précisément parce qu’elle ne choisit jamais entre les deux.

Paul Corey