Lire le livre

Kim JONG-UN

Puissance nucléaire et prison perpétuelle pour 25 millions...

Kim JONG-UN

Héritier d’une dictature dynastique, il a transformé un État-ermite en puissance nucléaire, il a éliminé ses rivaux et défie le monde entier.

Né le 8 janvier 1983 ou 1984 — la date exacte reste incertaine, même dans les archives officielles — à Pyongyang, troisième fils de Kim Jong-il, petit-fils du fondateur Kim Il-sung.

Son enfance est celle d’un prince caché : cuisiniers suisses, films d’action américains, passion pour le basket-ball. À partir de 1998, il est envoyé à Berne sous le pseudonyme « Pak Un », élève ordinaire d’un collège public suisse pendant deux ans. Ses camarades se KIM JONG-UN d’un garçon discret, fan de Michael Jordan.

De retour en Corée du Nord en 2000, il intègre l’Université militaire Kim Il-sung. Sa formation politique est opaque, son ascension discrète. En 2009, son père le désigne successeur, entame son introduction progressive dans les instances du Parti. Le 17 décembre 2011, Kim Jong-il meurt d’une crise cardiaque.

À vingt-sept ans — âge contesté, Kim revendique vingt-huit ans — son fils prend les commandes de 25 millions d’habitants et d’un arsenal nucléaire en développement.

Il consolide le pouvoir par l’élimination systématique. En décembre 2013, son propre oncle Jang Song-thaek, numéro deux du régime, est arrêté en pleine réunion du Politburo, jugé en quatre jours, exécuté. En février 2017, son demi-frère Kim Jong-nam est assassiné à l’aéroport de Kuala Lumpur avec du gaz VX, agent neurotoxique classé arme de destruction massive. Entre 2012 et 2016, plus de 340 officiels de haut rang sont purgés selon les services de renseignement sud-coréens.

L’objectif stratégique est clair dès le départ : la dissuasion nucléaire comme garantie de survie du régime. En 2013, premier test nucléaire sous son commandement. En 2016, deux tests. Le 3 septembre 2017, la sixième détonation : une bombe H estimée à 250 kilotons, dix-sept fois Hiroshima.

Au total, Kim supervise plus de 100 tirs de missiles balistiques entre 2012 et 2022. En 2022, la Corée du Nord inscrit dans sa constitution le statut de puissance nucléaire irréversible, avec doctrine de première frappe.

En 2018, volte-face spectaculaire. Kim rencontre le président sud-coréen Moon Jae-in trois fois. En juin 2018, il serre la main de Donald Trump à Singapour — première rencontre entre dirigeants des deux pays depuis 1953.

En février 2019, le sommet de Hanoï (2019) échoue parce que les deux camps ne s’accordent pas sur l’échange central. La Corée du Nord propose de démanteler le site nucléaire de Yongbyon contre une levée importante des sanctions, tandis que les États-Unis exigent une dénucléarisation beaucoup plus large avant d’alléger ces sanctions. Faute de compromis, Donald Trump quitte la table sans accord.

En 2023, Kim fournit à la Russie des millions d’obus pour la guerre en Ukraine. En retour, coopération technologique militaire, transferts de missiles. L’isolation devient un outil diplomatique.

Le bilan humain est documenté par l’ONU. En 2014, la Commission d’enquête onusienne parle de crimes contre l’humanité à grande échelle : entre 80 000 et 120 000 prisonniers politiques dans les camps du goulag.

Quarante-deux pour cent de la population souffre de malnutrition selon le PAM. La famine de 2023-2024 frappe les provinces rurales.

Kim a entre-temps construit des stations de ski, un parc aquatique à Pyongyang, des immeubles de verre. La vitrine existe. La réalité des campagnes est une autre planète.

À quarante et un ans, sans rival identifiable, il a transformé l’équation géopolitique de la péninsule. Sa sœur Kim Yo-jong exerce une influence croissante, parfois plus radicale. Son régime a survécu à Obama, Trump, Biden, et recommence avec Trump.

Ni sanctions ni négociations n’ont modifié la trajectoire nucléaire.

Ainsi, Kim Jong-un a réussi ce que son père n’avait pas accompli : faire de la Corée du Nord une puissance nucléaire reconnue de facto par ses adversaires, au prix de l’appauvrissement délibéré de son propre peuple et de l’assassinat méthodique de quiconque pouvait le menacer, y compris dans sa propre famille.

Paul Corey