ALIMENTATION : ce qui a changé

"En 1930, on mangeait peu mais on savait ce qu'on mangeait. Aujourd'hui, on mange trop mais on ne sait plus ce qu'on mange"
D'abord, la quantité. En 1930, l'apport calorique moyen d'un Français est d'environ 2 500 kcal par jour, souvent insuffisant pour les classes populaires. Aujourd'hui, il dépasse 3 400 kcal, bien au-delà des besoins physiologiques. La faim a disparu, mais l'excès est devenu la norme.
Ensuite, la part du budget. En 1930, un ménage français consacre environ 50 % de ses revenus à l'alimentation. Aujourd'hui, cette part est tombée sous les 15 %. Jamais dans l'histoire l'alimentation n'a été aussi accessible économiquement.
La composition des repas a basculé. En 1930, le pain constitue la base de l'alimentation, avec environ 500 grammes par jour et par personne. Aujourd'hui, la consommation de pain est tombée à moins de 100 grammes. À l'inverse, la consommation de viande a triplé, celle de sucre a été multipliée par quatre.
L'origine des produits a changé. En 1930, l'essentiel de l'alimentation provient d'un rayon de quelques dizaines de kilomètres. Aujourd'hui, plus de 50 % des fruits et légumes consommés en France sont importés, et les produits transformés parcourent en moyenne 3 000 kilomètres avant d'atteindre l'assiette.
L'industrie agroalimentaire n'existait pas. En 1930, la transformation des aliments reste artisanale et locale. Aujourd'hui, les produits ultra-transformés représentent plus de 30 % des apports caloriques des Français, avec des listes d'ingrédients souvent incompréhensibles.
Le nombre d'agriculteurs s'est effondré. En 1930, environ 7 millions de Français travaillent dans l'agriculture, soit un tiers de la population active. Aujourd'hui, ils sont moins de 400 000, soit 1,5 % des actifs. La France a perdu 95 % de ses paysans.
Les pathologies liées à l'alimentation ont explosé. En 1930, les carences alimentaires dominent : rachitisme, scorbut, anémie. Aujourd'hui, ce sont l'obésité (17 % des adultes), le diabète de type 2 (4 millions de personnes) et les maladies cardiovasculaires qui prévalent.
La dépendance aux intrants s'est généralisée. En 1930, l'agriculture française est largement autonome. Aujourd'hui, elle dépend massivement des importations d'engrais, de semences et de produits phytosanitaires. La France importe 60 % de ses protéines végétales pour l'alimentation animale.
Le temps consacré aux repas a diminué. En 1930, la préparation et la prise des repas occupent plusieurs heures par jour. Aujourd'hui, un Français passe en moyenne 45 minutes à table et 30 minutes en cuisine. Le repas familial quotidien devient l'exception.
Ainsi, en moins d'un siècle, l'alimentation française est passée d'un modèle de rareté locale à un modèle d'abondance mondialisée, qui a éliminé la faim mais engendré de nouvelles pathologies, une dépendance aux importations et une déconnexion croissante entre le mangeur et son alimentation.
Paul Corey