Artemis II : le retour des hommes autour de la Lune
La mission reste planifiée pour 2026, mais un lancement fin 2026 est aujourd’hui le scénario le plus crédible...

Le programme Artemis marque le retour des missions lunaires habitées plus de cinquante ans après Apollo 17. Au cœur de ce renouveau se trouve la mission Artemis II, première mission habitée du programme Artemis program. Elle doit envoyer quatre astronautes autour de la Lune, sans alunissage, afin de tester en conditions réelles les systèmes nécessaires aux futures explorations.
Le lanceur utilisé est le Space Launch System (SLS), une fusée lourde développée sous la direction de la NASA. Sa conception repose sur un assemblage industriel complexe impliquant plusieurs grands acteurs : Boeing est le maître d’œuvre du corps central, Northrop Grumman fournit les propulseurs à poudre dérivés de la navette spatiale, et Aerojet Rocketdyne produit les moteurs RS-25. L’ensemble constitue aujourd’hui la fusée la plus puissante jamais construite par la NASA, conçue pour des missions au-delà de l’orbite terrestre basse.
Au sommet du lanceur se trouve le vaisseau Orion, destiné à transporter l’équipage. Sa capsule est développée par Lockheed Martin, tandis que son module de service — qui fournit propulsion, énergie et support de vie — est conçu par European Space Agency (ESA) et assemblé par Airbus Defence and Space. Orion est spécifiquement pensé pour résister aux conditions extrêmes du voyage en espace profond, notamment lors de la rentrée atmosphérique à très haute vitesse.
L’équipage d’Artemis II reflète une combinaison d’expérience, de compétences techniques et d’ouverture internationale. Le commandant Reid Wiseman est un ancien pilote de chasse et vétéran de la Station spatiale internationale, reconnu pour ses capacités de leadership. À ses côtés, le pilote Victor Glover, également ancien pilote d’essai et astronaute expérimenté, sera responsable du contrôle du vaisseau. La spécialiste de mission Christina Koch apporte une expertise scientifique solide et détient le record du plus long séjour spatial pour une femme. Enfin, le Canadien Jeremy Hansen, qui n’a encore jamais volé, incarne la dimension internationale du programme et sera chargé de la navigation et de la coordination.
La mission suivra une trajectoire dite « free-return » : après le lancement depuis le centre spatial Kennedy, Orion sera placé en orbite terrestre, puis injecté vers la Lune. Le vaisseau effectuera une boucle autour de notre satellite, passant notamment derrière sa face cachée — une zone sans communication directe avec la Terre — avant de revenir automatiquement vers notre planète. Ce profil de mission garantit une sécurité accrue tout en permettant de tester les systèmes critiques : navigation en espace profond, autonomie de l’équipage, communication longue distance et rentrée atmosphérique à environ 40 000 km/h.
Sur le plan financier, le programme Artemis représente un investissement considérable. Selon les estimations de l’NASA et de l’NASA Office of Inspector General, le coût total du programme pourrait dépasser 90 milliards de dollars pour la période 2012–2025. Chaque lancement du SLS est estimé à plus de 2 milliards de dollars, un niveau très élevé comparé aux lanceurs commerciaux. Le développement du vaisseau Orion dépasse quant à lui les 20 milliards de dollars. Ces coûts s’expliquent par la complexité technologique, les exigences de sécurité et la volonté de maintenir une base industrielle nationale et internationale.
Artemis II constitue ainsi une étape charnière : il s’agit du premier test habité avant la mission Artemis III, qui doit ramener des astronautes sur la surface lunaire. À plus long terme, le programme prévoit la mise en place de la station orbitale lunaire Gateway et l’installation d’une présence humaine durable sur la Lune. Au-delà, l’objectif ultime reste la préparation de missions habitées vers Mars, faisant d’Artemis le socle d’une nouvelle ère d’exploration spatiale.
Paul Corey