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C’est quoi la culture ?

Héritage figé ou héritage vivant ?

C’est quoi la culture ?

Un enfant qui naît aujourd’hui ne sait rien du monde dans lequel il arrive. Il ignore les langues, les histoires, les découvertes, les erreurs et les combats de ceux qui l’ont précédé. Et pourtant, tout cela lui appartient déjà.

Des milliers d’années d’expérience humaine l’attendent. Des générations ont observé, inventé, construit, écrit, composé, découvert. Elles ont aussi douté, échoué, détruit, recommencé.

La culture, c’est d’abord cela : ce que les vivants reçoivent des morts pour ne pas avoir à tout recommencer.

Hannah Arendt (La Crise de la culture, 1961) rattache le mot au latin colere: cultiver, prendre soin, habiter. Elle y voit un rapport de soin envers le monde et les œuvres du passé.

Goethe (Divan occidental-oriental) évoque la condition humaine. Celui qui ne sait pas rendre compte de trois mille ans d’histoire reste dans l’obscurité, à vivre au jour le jour.

Bernard de Chartres (XIIe s., rapporté par Jean de Salisbury). Nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants.

Mais transmettre, c’est autre chose qu’imposer un héritage intact. Chaque génération doit pouvoir comprendre ce qu’elle reçoit, distinguer ce qui mérite d’être conservé de ce qui doit être abandonné, puis apporter sa propre contribution.

Sans transmission, chaque génération repartirait de zéro. Sans liberté de transformer, chaque génération répéterait la précédente.

La culture tient dans cet équilibre.

« La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert », Malraux à Athènes, en 1959. L’héritage existe, mais il exige une appropriation active.

Aujourd’hui, nous disposons de moyens de transmission sans précédent. Jamais autant de connaissances n’ont été accessibles à autant d’êtres humains. Mais rendre le savoir disponible ne suffit pas à le transmettre.

Une bibliothèque reste muette pour celui qui n’a jamais appris à lire. Une encyclopédie ne remplace pas le désir de comprendre. Une intelligence artificielle peut fournir une réponse sans transmettre le cheminement qui permet d’en juger la valeur.

La transmission suppose davantage qu’un accès. Elle demande une rencontre, un effort, parfois un maître, toujours une appropriation.

La culture se mesure moins à ce que nous avons reçu qu’à ce que nous sommes capables de faire vivre et de transmettre à notre tour.

Faut-il risquer une définition ? La culture serait cet héritage vivant de savoirs, d’œuvres, de valeurs et d’expériences que chaque génération reçoit, s’approprie, transforme et transmet à la suivante.

Une définition imparfaite, évidemment. Mais une définition qui rappelle une responsabilité essentielle.

De la culture, nous sommes les héritiers et les passeurs, jamais les propriétaires. Et une génération qui cesse de transmettre condamne la suivante à redécouvrir ce qu’elle savait déjà.

Et si la culture était une transmission vivante ? Tout simplement.

UN SUJET. UN ÉDITO. DES IDÉES. UN FONDS.

Libre. Indépendant. Différent. Nécessaire.

Paul Corey