France : le rond point est notre destin (humour)
Une invention française...

Le rond-point est sans doute le meilleur résumé possible de notre PPA (Paysage Politique Actuel). Deux voies entrent, gauche et droite, six directions sortent, personne ne sait vraiment qui a la priorité. Tout le monde ralentit par prudence. Au centre : un espace vide, trois arbustes, parfois un bout de mur financé par la communauté de communes.
La France compte entre 42 000 et 50 000 ronds-points selon les méthodes de comptage. Près de la moitié de tous les ronds-points de la planète. Aucun autre pays développé n’a dépensé autant d’argent public pour organiser l’hésitation.
Le phénomène explose dans les années 1980. Officiellement, il s’agit de sécurité routière : le giratoire réduit les collisions frontales et fluidifie le trafic. Officieusement, son succès devient culturel. Il permet d’éviter la seule chose devenue insupportable dans la démocratie française : choisir une direction. Le carrefour tranche. Le rond-point négocie.
La Ve République elle-même s’est convertie au giratoire. Coalitions molles, commissions Théodule, conventions citoyennes, conférences sociales, concertations préalables, missions parlementaires, moratoires, reports calendaires…
Le pays produit des procédures comme d’autres produisent de l’acier. Chaque problème entre quelque part. Aucune solution n’en ressort jamais.
L’énergie ? Près de 7 milliards par an pour les renouvelables, quand le nucléaire reste la priorité officielle. Les retraites ? On suspend. L’immigration ? Le Conseil constitutionnel retoque. Les ZFE ? On suspend la suspension. Les ronds-points s’enchaînent en boucle.
Même nos révoltes ont adopté la géométrie. En 2018, les Gilets jaunes occupent les ronds-points, pas l’Élysée, pas les préfectures, pas les sièges des partis. Le mouvement le plus anti-système depuis trente ans s’installe d’emblée dans le symbole physique du pays à l’arrêt.
Le rond-point est devenu notre agora. On y discute. On y klaxonne. On en sort jamais.
Pourtant, chaque giratoire mobilise études d’impact, acquisitions foncières, réseaux enterrés, signalisation, éclairage, paysagisme, normes d’accessibilité, appels d’offres et entretien à vie. Certains petits ronds-points ruraux dépassent le million d’euros.
Pour s’épargner un feu rouge, le pays préfère tourner en rond. Ça donne l’illusion d’avancer. Une exception de plus.
Quand trop de véhicules se bousculent en même temps pour prendre une décision sur laquelle personne n’est d’accord, tout se fige. Plus personne ne coupe franchement. La circulation se mue en négociation cacophonique permanente. Exactement comme le pays.
Dette publique à 115,6 % du PIB. Déficit autour de 5,1 %. Décisions repoussées d’une loi de finances à l’autre. Le modèle avance toujours, mais à vitesse réduite, clignotant allumé en permanence.
La France contourne, mais ne tranche jamais.
Les grands moments qui marquent l’Histoire sont pourtant toujours ceux où un pays décide enfin, brutalement, de choisir une direction : redresser, investir, fermer, ouvrir, produire.
La France de Macron, elle, préfère aménager ses terre-pleins et y planter des géraniums. Et sur un rond-point, celui qui fait le plus de tours finit toujours par oublier où il allait.
En 2027, la France acceptera-elle enfin de quitter le rond-point en choisissant une vraie sortie ?
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Paul Corey