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Centrisme

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Centrisme

« Le centre » : l’endroit le plus convoité de la vie politique française, et peut-être le plus illusoire. Un lieu qui n’existe que par rapport à ce qui l’entoure, une position qui se définit par le refus d’en prendre une. Et c’est peut-être là que tout commence : à force de vouloir tenir le milieu, on finit par ne plus bouger du tout.

Le centrisme est une position politique qui refuse l’alternative entre la gauche et la droite et cherche à concilier leurs apports dans une synthèse modérée. Il valorise le compromis, la mesure, le pragmatisme et la stabilité institutionnelle, et se défie autant des ruptures révolutionnaires que des crispations conservatrices.

Il ne désigne pas tant un corps de doctrine qu’une méthode de gouvernement: tenir l’équilibre, arbitrer, préférer la réforme graduelle à la transformation brutale. C’est précisément cette définition par la position plutôt que par le contenu qui fait sa singularité, et que ses critiques retournent contre lui.

Le mot tient sa charge symbolique de la géographie parlementaire née en 1789 : le « centre » désigna ceux qui refusaient de siéger à gauche comme à droite. Sous les IIIᵉ et IVᵉ Républiques, il prospère comme pivot des coalitions, faiseur de majorités sans projet propre.

Beaucoup voient dans cette position de charnière la matrice d’une paralysie : la IVᵉ République, incapable de trancher faute de majorité stable, en serait l’illustration la plus citée. La logique majoritaire de la Vᵉ République, en imposant la bipolarisation, aurait ensuite privé le centre d’espace autonome, jusqu’à ce que l’« en même temps » d’Emmanuel Macron, en 2017, tente de le refonder non plus comme entre-deux mais comme axe nouveau. Cette tentative de refondation a pu prolonger l’indécision sous un autre nom: progressisme ou macronisme…

Le centrisme se distingue du social-libéralisme et de la troisième voie des années 1990, doctrines assumées là où le centrisme reste d’abord une posture de positionnement. Il ne se confond pas avec l’opportunisme, auquel ses adversaires le réduisent volontiers, ni avec l’« extrême centre »: notion polémique désignant un centre prétendument radical dans sa défense de l’ordre établi. Les amalgamer, c’est soit lui prêter une cohérence doctrinale qu’il ne revendique pas.

C’est dans le débat public que l’illusion se révèle. Revendiquer le centre, c’est revendiquer la raison, l’équilibre et la responsabilité et reléguer du même geste ses adversaires aux extrêmes. Cette position n’a pas de point fixe : elle dépend entièrement de l’endroit où l’on place les pôles, si bien que celui qui définit le centre définit, du même mouvement, les extrémités. D’où l’objection récurrente: « le centre est une position virtuelle qui n’existe pas dans les faits » et son corollaire plus sévère : le refus de choisir, érigé en vertu, glisserait imperceptiblement vers le refus de décider.

L’équilibre se changerait en surplace, la nuance en évitement, le « en même temps » en différé permanent. Une lecture pousse l’argument plus loin : en laissant un vide là où l’on attendait des arbitrages, le centre nourrit lui-même les radicalités qu’il prétend ensuite contenir.

Ses défenseurs répondent que ce qu’on appelle immobilisme n’est souvent que le coût visible du compromis dans une société fragmentée.

Comprendre ce que le mot contient et surtout ce qu’il ne contient pas, oblige à se demander si tenir le centre, c’est tenir un équilibre fragile et instable, au risque de faire du surplace ou avoir un vrai projet pour le pays.

Paul Corey