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J.D. Vance

Il a grandi sans père, avec une mère héroïnomane, élevé par une grand-mère armée de 19 revolvers dans une ville ouvrière en déclin.

J.D. Vance

Il a grandi dans une maison sans père, avec une mère héroïnomane, élevé par une grand-mère armée de 19 revolvers. À quarante ans, il est vice-président des États-Unis.

James Donald Bowman naît le 2 août 1984 à Middletown, Ohio, ville ouvrière du Rust Belt en déclin industriel accéléré. Son père absent, sa mère Beverly enchaîne les mariages et les rechutes. L’enfant change de nom à chaque beau-père — Bowman, Hamel — avant d’adopter en 2013 le nom de ses grands-parents maternels, Vance, en hommage à ceux qui l’ont sauvé. Sa grand-mère, Mamaw, femme de Scots-Irish des Appalaches, possède 19 armes à feu et une langue acérée. C’est elle qui fixe les règles, impose la discipline, maintient le cap. Il lui dédiera son livre. Il lui doit tout.

En 2003, à dix-neuf ans, il s’engage dans le Corps des Marines. Quatre ans de service, un tour en Irak comme journaliste militaire. Il rentre en 2007, intègre l’Ohio State University, obtient sa licence en science politique et philosophie en 2009. Il entre à Yale Law School — la fabrique des élites américaines — où il rencontre Usha Chilukuri, fille d’immigrants indiens, future avocate de haut vol, future Première dame de la vice-présidence. Ils se marient en 2014. Trois enfants. En 2019, Vance se convertit au catholicisme.

En 2016, il publie Hillbilly Elegy, mémoire sur l’Amérique blanche ouvrière abandonnée, la honte de classe, l’addiction, la survie. Le livre se vend à des millions d’exemplaires. Netflix en tire un film en 2020, réalisé par Ron Howard. Vance devient le visage médiatique d’une Amérique que les élites côtières ne comprennent pas. Il s’installe à San Francisco, travaille pour Peter Thiel — milliardaire libertarien de la Silicon Valley — dans le capital-risque. En 2016, il traite Trump de « drogue culturelle » et le compare à Hitler. Déclarations documentées, archivées, republiées en 2024.

En 2021, Peter Thiel le présente à Trump. La rencontre change tout. Vance fait sa conversion publique, sollicite l’endorsement de Trump pour la primaire sénatoriale de l’Ohio en 2022. Trump l’accorde en avril. Vance remporte la primaire, puis l’élection générale avec 53 % des voix. Il entre au Sénat le 3 janvier 2023. En deux ans, il manque 22 % des votes — taux parmi les pires du Sénat — et ne fait passer aucun texte. Il quitte le Sénat le 10 janvier 2025, dix jours avant d’être investi vice-président.

Le 15 juillet 2024, premier jour de la convention républicaine, Trump l’annonce comme colistier. Elon Musk, Tucker Carlson, Peter Thiel ont activement plaidé sa cause. À quarante ans, il devient le plus jeune candidat à la vice-présidence depuis Richard Nixon en 1952. Le 20 janvier 2025, il prête serment devant le juge Brett Kavanaugh — celui qu’Usha avait servi comme clerc de justice. Cerclé de famille. Cerclé de symboles. En mars 2025, il effectue la première visite d’un vice-président américain en exercice au Groenland, répète que les États-Unis doivent en prendre le contrôle, dit au Danemark qu’il n’a « pas bien géré » le territoire. Aucun diplomate de carrière n’aurait dit ça. C’est précisément pour ça qu’il le dit.

Sa contradiction centrale est idéologique et biographique. Il doit sa formation intellectuelle à Yale, son argent à la Silicon Valley, sa carrière à Peter Thiel — et il se présente comme le tribun des laissés-pour-compte du capitalisme mondialisé. En 2016, il diagnostiquait Trump comme symptôme d’une crise. En 2025, il en est le successeur désigné. Sa cote de popularité en janvier 2026 : 40,7 % favorable, 42,5 % défavorable. Moins populaire que Trump à même stade. Plus idéologique, plus europho­be, plus doctrinaire.

Ainsi, J.D. Vance a fait de sa blessure d’enfant une marque politique, de sa trahison intellectuelle une stratégie, et de son improbable trajectoire — des grottes d’Appalachie à l’Observatoire Naval — la preuve que l’Amérique qu’il dit vouloir sauver peut encore produire ce qu’elle promettait autrefois.

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Paul Corey