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LOGEMENT : ce qui a changé

LOGEMENT : ce qui a changé

"En 1930, on vivait mal logé mais on pouvait acheter. Aujourd'hui, on vit bien logé mais on ne peut plus acheter"

D'abord, le confort. En 1930, moins de 10 % des logements disposent de l'eau courante, de l'électricité et de toilettes intérieures. La majorité des Français vivent dans des conditions que l'on qualifierait aujourd'hui d'insalubres. Aujourd'hui, la quasi-totalité des logements dispose du confort moderne. Le mal-logement persiste, mais il est devenu l'exception.

Ensuite, le prix. En 1930, un ouvrier peut acheter un logement modeste avec 5 à 10 années de salaire. Aujourd'hui, le prix moyen d'un logement représente plus de 15 années de salaire médian, et dépasse 25 années dans les grandes métropoles. À Paris, il faut plus de 30 ans de revenus pour acquérir un appartement moyen.

La part du logement dans le budget a explosé. Dans les années 1930, un ménage consacre environ 10 % de ses revenus au logement. Aujourd'hui, cette part dépasse 25 % en moyenne, et atteint 40 % pour les ménages modestes dans les zones tendues.

Le parc locatif social n'existait pas. En 1930, le logement social est embryonnaire, limité à quelques expériences pionnières. Aujourd'hui, la France compte plus de 5 millions de logements sociaux, soit environ 17 % du parc. Pourtant, plus de 2 millions de ménages sont en attente d'attribution.

La construction s'est effondrée. Dans les années 1950-1970, la France construit jusqu'à 500 000 logements par an pour répondre à la croissance démographique. Aujourd'hui, la construction est tombée sous les 300 000 logements annuels, alors que la population a augmenté de 64 % depuis 1930 et que la taille des ménages a diminué.

La propriété s'est démocratisée puis bloquée. En 1930, environ 35 % des ménages sont propriétaires. Ce taux a grimpé jusqu'à 58 % dans les années 2010, avant de stagner. Pour les jeunes générations, l'accès à la propriété recule : moins de 30 % des moins de 30 ans sont propriétaires, contre plus de 40 % il y a trente ans.

La surface par habitant a doublé. En 1930, on compte environ 15 m² par personne. Aujourd'hui, la moyenne dépasse 40 m². Mais cette amélioration masque de fortes inégalités territoriales et sociales.

L'intervention publique a changé de nature. En 1930, l'État intervient peu dans le logement. Aujourd'hui, les aides au logement dépassent 40 milliards d'euros par an, entre APL, avantages fiscaux et subventions à la construction. Malgré ces sommes, la crise du logement s'aggrave.

Ainsi, en moins d'un siècle, le logement français est passé d'un bien accessible mais inconfortable à un bien confortable mais inaccessible, où l'explosion des prix et l'effondrement de la construction créent une crise durable que les dépenses publiques massives ne parviennent pas à résoudre.

Paul Corey