INÉGALITÉS : Ce qui a changé...
Des écarts brutaux et assumés à des barrières plus subtiles

En 1930, les inégalités étaient assumées. Aujourd’hui, elles sont combattues… mais persistent.
Au début du siècle dernier, les inégalités sont visibles, massives et largement acceptées. Les écarts de revenus et de conditions de vie sont très importants. En France, les 10 % les plus riches captent alors près de 45 à 50 % des revenus nationaux. La protection sociale est quasi inexistante : il n’y a pas encore de sécurité sociale généralisée. L’accès à l’éducation, aux soins ou au logement dépend fortement de la position sociale.
Après la Seconde Guerre mondiale, la situation évolue profondément. Les États mettent en place des systèmes de redistribution. En France, la création de la sécurité sociale en 1945 et le développement des services publics réduisent les écarts. La part des revenus détenue par les plus riches diminue : elle tombe autour de 30 % dans les années 1980. Les inégalités se réduisent dans de nombreux pays développés.
Dans le même temps, l’accès aux biens essentiels se généralise. Aujourd’hui, plus de 95 % des ménages français disposent d’un logement équipé (eau, électricité, chauffage). L’accès à l’éducation et à la santé devient quasi universel.
Le niveau de vie moyen augmente fortement. Mais la réduction des inégalités marque un ralentissement, voire un retournement.
Depuis les années 1980, les écarts se stabilisent ou augmentent légèrement. En France, les 10 % les plus riches captent aujourd’hui environ 35 % des revenus, tandis que les 50 % les plus modestes en reçoivent environ 25 %.
À l’échelle mondiale, les inégalités demeurent élevées. Les 10 % les plus riches détiennent plus de 70 % du patrimoine mondial, tandis que les 50 % les plus pauvres en possèdent moins de 2 % (World Inequality Report). La mondialisation a réduit les écarts entre certains pays, mais pas au sein de tous les pays.
Dans le même temps, les formes d’inégalités évoluent. Elles ne sont plus seulement économiques. Elles concernent aussi l’éducation, l’accès à l’emploi, le territoire. En France, le taux de chômage des non-diplômés est environ 3 fois supérieur à celui des diplômés du supérieur. Les inégalités territoriales se renforcent. Les écarts entre grandes métropoles et zones rurales ou périphériques s’accentuent. Le prix de l’immobilier dans certaines grandes villes a été multiplié par 3 à 5 en 30 ans, rendant l’accès au logement plus difficile pour une partie de la population.
Le patrimoine devient un facteur déterminant. En France, les 10 % les plus riches détiennent environ 50 % du patrimoine total, tandis que la moitié la plus pauvre en possède moins de 10 %. Les écarts se creusent davantage sur le patrimoine que sur les revenus.
Dans le même temps, la perception des inégalités évolue. Elles sont moins acceptées qu’auparavant. Plus de 70 % des Français considèrent aujourd’hui les inégalités comme trop importantes. Elles deviennent un enjeu central du débat public. Les politiques publiques cherchent à les corriger. La France consacre environ 30 % de son PIB aux dépenses sociales, un des niveaux les plus élevés au monde (OCDE). Ces mécanismes réduisent significativement les écarts, mais ne les suppriment pas.
Peu à peu, les inégalités passent d’un état assumé et visible à un phénomène plus encadré, partiellement réduit mais toujours présent. Elles ont changé de forme, de nature et de perception.
Là où elles étaient acceptées comme une évidence, elles sont aujourd’hui contestées… sans avoir disparu.
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Paul Corey