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Municipales 15 mars 2026

Ce que notre démocratie doit faire pour survivre...

Municipales 15 mars 2026

Le premier tour des municipales du 15 mars 2026 a confirmé ce que beaucoup pressentaient sans oser le formuler : la politique française ne se structure plus vraiment autour des programmes. Elle se structure autour des appartenances. Territoires contre territoires. Classes contre classes. Cultures contre cultures..

La démocratie repose sur une condition implicite, rarement énoncée parce qu’elle semblait allant de soi : l’existence d’un peuple suffisamment uni pour accepter la règle majoritaire. On concède une défaite électorale parce qu’on reconnaît dans ceux qui gagnent des compatriotes, non des adversaires existentiels. Les majorités passent. La nation demeure. C’est ce contrat invisible qui rend l’alternance possible.

Une démocratie peut-elle survivre dans un pays qui ne fait plus nation ?

Lorsque la politique commence à se structurer autour d’identités durables, ce contrat se défait. Un électeur peut changer d’idée — il le fait souvent. Mais il ne change pas d’identité. Et peu à peu, l’élection cesse d’être un débat entre projets pour devenir un recensement démographique.

Non plus « qui a la meilleure vision, le meilleur programme ? » mais « qui représente le mieux mon identité ? ”

L’histoire connaît cette dérive. Le Liban en est l’illustration tragique : un système politique construit sur l’équilibre communautaire, où les élections ne mesurent plus des convictions mais des poids démographiques. La politique y est devenue une interminable négociation entre blocs identitaires figés — et la nation, une fiction administrative incapable de produire un destin commun.

La France n’est pas le Liban. Son modèle républicain repose précisément sur le principe inverse : le citoyen est d’abord un individu, membre d’une nation commune, non le délégué d’une communauté particulière.

Cette universalité fait la grandeur du modèle français.

Mais elle doit demeurer une réalité vivante et visible. Toutes les démocraties modernes ont été construites dans le cadre de l’État-nation. Ce n’est pas un accident historique — c’est une condition de fonctionnement. La nation crée le sentiment d’un destin partagé qui rend acceptable la solidarité, légitime l’alternance et donne un sens à la défaite électorale. Sans ce socle, la victoire d’une majorité ne ressemble plus à une alternance, mais à une conquête.

Réparer ce socle exige du courage et du temps.

Une nation solide, pas plus que l’UE à 27, ne se décrète. Elle se construit, lentement, par une intégration civique exigeante. Par l’école, la langue commune, la transmission vivante de l’histoire nationale. Par l’interdiction des sociétés parallèles où des populations coexistent sans jamais partager une expérience commune. Par une politique migratoire calibrée sur la capacité réelle d’intégration, et par la défense sans ambiguïté d’un modèle d’assimilation civique clair : la citoyenneté n’est pas la juxtaposition de cultures, c’est l’adhésion à un socle politique partagé.

Il faut ajouter à cela la prospérité : dans les sociétés où l’ascension sociale se ferme, les identités deviennent des refuges.

La précarité communautarise.

Mais ces transformations prennent du temps. Et pendant ce temps, les institutions doivent tenir. C’est ici que le mode de scrutin devient décisif.

Le système actuel des municipales et des législatives — avec ses triangulaires, ses désistements tactiques, ses alliances de second tour improvisées — encourage précisément la logique de blocs. Il permet de gagner en additionnant des communautés sans jamais avoir à parler à l’ensemble.

Le modèle présidentiel est plus exigeant : un premier tour ouvert, un second limité aux deux candidats en tête. Dans ce format, nul ne peut l’emporter sur son seul socle. Il doit convaincre au-delà. Il doit construire une majorité civique, pas agréger des minorités identitaires.

Étendre ce principe aux autres scrutins ne résoud pas les fractures françaises. Mais il modifie les incitations : les candidats qui veulent gagner sont contraints de parler à une France plurielle, non de flatter leur fragment d’une France fragmentée avant de faire bloc avec d’autres fragments, le temps d’une élection.

Le défi est simple à énoncer, difficile à relever : réparer la nation pour sauver la démocratie — et réformer nos institutions pour lui en laisser le temps.

Paul Corey