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Sarah Knafo

Avec sa candidature pour Paris, elle a tant gagné en notoriété et crédibilité...

Sarah Knafo

Petite-fille de réfugiés juifs du Maghreb, énarque formée à servir l’État, elle a choisi le camp de la cohérence.

Née le 24 avril 1993 aux Pavillons-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, dans une famille de Juifs séfarades dont les grands-parents ont quitté le Maghreb au lendemain de la guerre des Six Jours, Sarah Knafo porte en elle une histoire de déracinement et de reconstruction. Son frère cadet naît lourdement handicapé après une agression subie par sa mère pendant sa grossesse ; il décède en 2018. À 18 ans, elle s’installe à Saint-Germain-des-Prés. Le saut géographique est aussi un saut de classe : du 93 aux cercles souverainistes parisiens.

Durant ses années à Sciences Po, elle adhère à l’UMP, rejoint le syndicat étudiant de droite UNI, et fréquente l’association eurosceptique « Critique de la raison européenne », où elle croise Hubert Védrine, Jean-Pierre Chevènement et Marie-France Garau. Elle intègre ensuite l’ENA, promotion Molière (2017–2019)

En 2018, elle effectue un stage à l’ambassade de France en Libye, délocalisée à Tunis, où elle travaille sur les routes migratoires. En 2020, elle devient magistrate à la Cour des comptes. Le parcours est exemplaire. La rupture est imminente.

En septembre 2021, après plusieurs relances insistantes de la Cour des comptes présidée par Pierre Moscovici — perçues par ses soutiens comme autant de pressions de l’appareil d’État pour la contraindre à clarifier, voire freiner, son engagement politique — elle se met en disponibilité afin de rejoindre pleinement la campagne d’Éric Zemmour. En janvier 2022, leur relation est officialisée. Elle devient à la fois directrice de stratégie, architecte idéologique et compagne du candidat.

L’élection en question est l’élection présidentielle française de 2022 : Éric Zemmour y obtient 7,1 % des suffrages au premier tour. Si ce score ne permet pas l’accès au second tour, il constitue néanmoins une performance significative pour un candidat sans appareil partisan établi quelques mois auparavant. En moins d’un an, une offre politique nouvelle est installée dans le paysage, un électorat est structuré, et une ligne idéologique est rendue audible. Pour Sarah Knafo, cette séquence agit comme un révélateur : elle passe du rôle de haut fonctionnaire à celui d’actrice politique nationale identifiable.

Après le départ de Marion Maréchal, Nicolas Bay, Guillaume Peltier et Laurence Trochu en 2024, elle devient la seule eurodéputée de Reconquête et l’unique représentante du parti au Parlement de Strasbourg.

Marine Le Pen entretient à son égard des réserves, rappelant que leurs trajectoires politiques ont été concurrentes en 2022. L’appel à l’union des droites qu’elle porte aujourd’hui se heurte au souvenir de ces rivalités

En décembre 2025, elle est convoquée devant le comité de déontologie de la Cour des comptes après avoir publié sur X un message très critique envers Rémy Rioux, alors pressenti pour la présidence de l’institution, en se prévalant explicitement de son statut d’ancienne auditrice. La Cour estime que ses propos franchissent les limites du devoir de réserve des magistrats financiers. Elle dénonce, de son côté, une instrumentalisation politique.

Le 7 janvier 2026, elle annonce sa candidature à la mairie de Paris sur le plateau du journal télévisé de TF1. Elle propose un programme structuré autour de la réduction massive des dépenses publiques locales, avec un objectif affiché de 10 milliards d’euros d’économies, la division par deux de la taxe foncière, et l’instauration d’au moins deux référendums annuels.

Dense, structurée, portée par une cohérence idéologique claire, sa campagne municipale réussit à imposer dans le débat parisien des thèmes rarement articulés avec cette précision : discipline budgétaire, souveraineté locale, démocratie directe. Pour une première candidature locale, elle parvient à exister face à des figures expérimentées, en incarnant une droite radicale technocratiquement crédible.

Son retrait ultérieur, au nom de l’union des droites, marque un choix stratégique singulier dans un paysage politique fragmenté. Là où beaucoup s’accrochent à une candidature pour exister médiatiquement, elle accepte de se retirer pour tenter de peser autrement. Ce geste inscrit son action dans une logique de recomposition plutôt que de simple affirmation personnelle.

Ainsi, en l’espace de quatre ans, Sarah Knafo a construit une notoriété nationale à partir d’un parti marginal, en devenant à la fois cerveau stratégique, figure politique et incarnation d’une nouvelle génération de la droite souverainiste. Quel sera son prochain tremplin ?

Paul Corey