Sommes-nous seuls dans l’univers ? (partie 2/2)

Si l’existence d’autres formes de vie intelligente dans l’univers est mathématiquement plausible, une autre question se pose immédiatement, plus concrète et peut-être plus troublante : avons-nous la moindre chance de les rencontrer un jour ?
La réponse change complètement de nature. Dans le premier cas, il s’agissait d’une question de probabilité : avec un nombre immense de planètes, même un phénomène rare peut se produire ailleurs. Ici, il ne s’agit plus seulement d’existence, mais de distance, de durée et de coïncidence.
Commençons par les distances. Notre galaxie, la Voie lactée, s’étend sur environ 100 000 années-lumière. Cela signifie que la lumière — pourtant la chose la plus rapide que nous connaissions — mettrait 100 000 ans pour la traverser. À cette échelle, même les voisins les plus proches sont déjà très loin. Si une civilisation existe à quelques milliers d’années-lumière, un simple échange de messages prendrait des millénaires. Quant à un voyage physique, il dépasse de très loin nos capacités actuelles, et même celles que l’on peut raisonnablement imaginer à court terme.
Mais la distance n’est que le premier obstacle. Le second est plus insidieux : le temps.
L’univers a près de 14 milliards d’années. La Terre existe depuis 4,5 milliards d’années. Pourtant, notre civilisation technologique — capable d’émettre des signaux détectables dans l’espace — n’a qu’un peu plus d’un siècle. À l’échelle cosmique, c’est une durée presque négligeable.
Cela signifie que même si des civilisations apparaissent ailleurs, encore faut-il qu’elles existent au même moment que nous. Si une civilisation a prospéré il y a un million d’années, elle a disparu sans que nous n’ayons jamais eu la possibilité de la détecter. Si elle apparaîtra dans un million d’années, nous ne serons plus là pour la rencontrer. L’univers n’est pas seulement vaste dans l’espace : il l’est aussi dans le temps.
Cette contrainte introduit une condition très forte : pour qu’un contact soit possible, il faut non seulement qu’une autre civilisation existe, mais qu’elle soit suffisamment proche, et surtout qu’elle soit contemporaine de la nôtre. Or chacune de ces conditions réduit drastiquement les chances globales.
À cela s’ajoute une incertitude supplémentaire : la durée de vie des civilisations technologiques. Nous n’avons aucun recul pour savoir combien de temps une civilisation comme la nôtre peut durer. Quelques siècles ? Quelques millénaires ? Plus longtemps ? Si ces civilisations sont fragiles et ont tendance à disparaître rapidement, alors la fenêtre pendant laquelle elles peuvent être détectées devient extrêmement étroite.
C’est précisément ce décalage entre la probabilité d’existence et l’absence de contact observable qui est résumé par le célèbre paradoxe de Fermi : si la vie intelligente est plausible, pourquoi n’en voyons-nous aucune trace ?
Plusieurs réponses sont possibles. Les civilisations peuvent être trop éloignées pour que leurs signaux nous parviennent. Elles peuvent exister à des époques différentes de la nôtre. Elles peuvent ne pas communiquer, ou utiliser des technologies que nous ne savons pas détecter. Ou bien elles existent, mais sans jamais croiser notre trajectoire dans cet immense espace-temps.
La conclusion qui se dessine est moins spectaculaire que les récits de science-fiction, mais plus cohérente avec ce que nous savons aujourd’hui. Oui, il est possible, voire probable, que l’univers abrite d’autres formes d’intelligence. Mais cela ne signifie pas que nous les rencontrerons. Les distances sont immenses, les fenêtres temporelles extrêmement brèves, et les coïncidences nécessaires rares.
En une phrase : dans un univers aussi vaste, des civilisations peuvent exister ailleurs… sans jamais entrer en contact.
Ainsi, les deux questions doivent être clairement distinguées. La première — sommes-nous seuls ? — relève des probabilités et reste ouverte. La seconde — les rencontrerons-nous ? — se heurte à des contraintes physiques et temporelles si fortes qu’elle rend le contact, sinon impossible, du moins extrêmement improbable.
Et c’est peut-être là le vertige le plus profond : nous ne sommes peut-être pas seuls dans l’univers, mais tout se passe comme si nous l’étions.
Paul Corey