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2027 : LAST CALL (PROJET LIVRE 14/15) Le compte y est (presque)

Anatomie d'un sursaut

2027 : LAST CALL (PROJET LIVRE 14/15) Le compte y est (presque)

CHAPITRE 11 — Le compte y est (presque)

Ce que neuf leviers, activés simultanément, peuvent produire à l’horizon 2032. Six chapitres ont posé le diagnostic et la facture. Quatre ont dessiné les leviers et l’instrument du sursaut. Reste à faire l’addition.

La cible des 145 milliards d’économies sur le bloc social, ajoutée aux gains du bloc souverain et aux dividendes de la création de richesses, n’est pas un chiffre désincarné. C’est la somme d’efforts identifiés, chiffrés un par un, validés chacun par les institutions qui les ont documentés.

L’arithmétique du sursaut

Chacun des chiffres qui suit figure dans un rapport officiel des dix dernières années, parfois plus ancien encore. Le bloc souverain peut produire entre 15 et 20 milliards d’économies nettes une fois absorbé l’effort de défense, auxquels s’ajoutent 10 milliards de recouvrement sur la fraude fiscale et sociale et 10 à 15 milliards par la refonte du statut de la fonction publique sur le modèle nordique.

Le retour effectif à 65 ans dégage à lui seul 25 à 30 milliards. Une réforme du travail à l’allemande en ajoute 15. Le Chantier Laroque produit 10 à 20 milliards sur la solidarité, 20 à 30 sur la santé, 5 à 10 sur les aides aux entreprises. Et le Plan Mistral, 10 à 25 milliards à fin 2032 — fourchette plus large parce que la diffusion technologique se modélise moins finement que la réforme paramétrique. L’addition donne entre 120 et 175 milliards d’euros d’économies annuelles à fin 2032.

L’intérêt de ce décompte n’est pas de prévoir un niveau de déficit avec une précision faussement scientifique. Il réside dans la démonstration d’une réalité concrète.

Si la décennie qui vient se déroule sans crise politique, sanitaire ou géopolitique majeure, viser Maastricht tout en préservant notre modèle social est un objectif atteignable. Il n’est pas hors de portée mais demande une mobilisation sans précédent sur plusieurs fronts.

Les deux scénarios

Optimiste. Tous les leviers atteignent le haut de la fourchette. 175 milliards d’économies annuelles à horizon 2032. Le déficit projeté de 287 milliards descend à 112 milliards, soit 3,4 % du PIB. La dette se stabilise autour de 110 % du PIB et redescend ensuite mécaniquement avec la croissance. Maastricht est en vue à un horizon 2034-2036. Pour la première fois depuis trente ans, la France retrouve une marge budgétaire compatible avec sa souveraineté.

Réaliste. La moitié seulement des fourchettes hautes est atteinte. 130 à 145 milliards d’économies annuelles à horizon 2032. Le déficit reste à 4 ou 4,5 % du PIB. Mais l’essentiel est ailleurs. La trajectoire bascule. La dette se stabilise. Le pays redevient gouvernable.

Et vers 2034-2036, Maastricht devient atteignable sans démanteler notre modèle social — ni privatiser la Sécurité sociale, ni baisser les pensions des retraites, ni revenir sur les 35 heures — si la dynamique se poursuit lors d’un second mandat.

Ironie de l’Histoire : c’est l’arme dont De Gaulle s’était doté avec le septennat qu’il faudrait aujourd’hui pour conduire la refondation d’un trait.

Pour y parvenir, il ne faut plus penser notre protection sociale comme un acquis figé. Le tabou de 1945-1981 doit redevenir ce qu’il aurait toujours dû être : un capital collectif qu’il faut gérer, prioriser, parfois resserrer sur un point pour préserver l’essentiel sur un autre.

La condition du pari

L’effort nécessaire sera d’une ampleur inégalée depuis 1945. Il commence par un choix qui conditionne tous les autres. Faire le pari plein de l’IA est essentiel. Pas une priorité parmi d’autres : la condition même de la possibilité des autres. La rationalisation pose les responsabilités. L’IA pose l’instrument qui permet de les exercer. Le pays doit se rassembler autour de son Plan Mistral comme on choisit l’instrument qui rendra à l’État sa capacité d’agir et au pays sa capacité de tenir ses promesses. Comme le Plan Messmer en son temps.

Une exécution simultanée

La simultanéité n’est pas un détail technique. C’est la condition politique de la réussite. Une réforme isolée échoue toujours. Juppé 1995 a tenté la seule refonte de la Sécurité sociale et a explosé sur le rejet des cheminots. Fillon 2003 a tenté la seule réforme des retraites de la fonction publique et a vu son successeur enterrer la réforme. Macron 2023 a tenté la seule réforme des retraites du privé et a perdu sa majorité dans le mouvement.

Trois fois, la même mécanique : une catégorie ciblée se vit sacrifiée parce que les autres ne sont pas appelées à contribuer.

Neuf leviers activés simultanément produisent quatre effets que neuf leviers activés séparément ne produisent jamais. Ils répartissent l’effort sur l’ensemble du corps social, ce qui le rend politiquement supportable. Ils se renforcent mutuellement, ce qui démultiplie chaque euro engagé. Ils créent un récit national plutôt qu’une succession de coupes, ce qui mobilise au lieu de diviser. Et ils crédibilisent l’ensemble auprès des marchés, ce qui desserre la prime de risque dans la durée.

Demander aux retraités sans demander aux fonctionnaires se vit comme une injustice. Demander aux salariés sans demander aux entreprises se vit comme une trahison. Demander à chacun sans bouger les institutions se vit comme une charge unilatérale. C’est la simultanéité qui rend l’effort politiquement supportable et économiquement efficace.

C’est le sens même du mot mandat — un seul ensemble, voté en bloc, exécuté en bloc. La contribution de chaque catégorie L’effort sera collectif au sens propre. Chaque catégorie devra y contribuer.

Les retraités, dont le pouvoir d’achat relatif a progressé pendant trente ans tandis que celui des actifs stagnait, devront aider les jeunes générations à porter une dette qu’ils ne pourront pas seuls assumer.

Les futurs entrants dans la fonction publique devront accepter des statuts différents — moins protégés sur l’emploi à vie, mieux rémunérés au mérite, alignés sur les pratiques nordiques qui n’ont rien d’inhumain.

Les salariés du privé devront accepter une plus grande mobilité et une couverture moins extensive sur les risques courts, en échange d’une protection renforcée sur les transitions longues — formation, reconversion, accompagnement.

Les bénéficiaires des minima sociaux devront accepter un contrôle d’effectivité que vingt ans de discours ont nommé sans jamais oser conduire — pour que la solidarité retrouve la confiance qu’elle a perdue.

Les entreprises bénéficiaires d’aides publiques devront accepter une évaluation systématique de leur impact, et l’extinction de celles qui ne produisent pas ce qu’elles promettent.

Et les acteurs du millefeuille — État, régions, départements, communes, intercommunalités, agences, opérateurs, caisses — devront accepter que le champ de leurs prérogatives évolue. Diminué dans les domaines où la dispersion produit de l’impuissance ; élargi et responsabilisé dans ceux où la proximité crée de la valeur.

Aucune institution ne disparaît. Toutes verront leur périmètre redéfini.

La mesure pivot

La plus structurante de toutes les mesures par catégorie est le retour de l’âge effectif de départ à la retraite à 65 ans. Inévitable parce qu’arithmétique : la France compte aujourd’hui 1,7 actif par retraité, contre 4 en 1960 et 1,4 en 2040. Inévitable parce qu’européenne : tous nos voisins l’ont fait, sans crise sociale durable.

Inévitable parce qu’elle dégage à elle seule 25 à 30 milliards d’euros annuels — entre un sixième et un cinquième du total. Aucune autre mesure ne produit autant prise isolément.

Et aucune autre n’aura la légitimité politique de demander quoi que ce soit aux autres tant que celle-ci n’est pas conduite.

À défaut Si le pays ne devait pas choisir en 2027 un tel mandat, ou si aucun candidat ne devait le lui proposer, notre niveau global de protection sociale continuera de s’éroder ou de s’adapter, selon l’angle de vue. C’est la même réalité vue d’un côté ou de l’autre.

Subir l’érosion sans la nommer, c’est la trajectoire actuelle : la santé qui se dégrade par déserts médicaux et listes d’attente, la solidarité qui se grippe par non-recours et suspicion, la retraite qui s’abaisse par décote silencieuse de l’indexation, l’éducation qui s’effiloche par manque de moyens et de cap.

Et Maastricht s’éloignerait, hors d’atteinte même en 2034-2036. Maastricht n’est pas un objectif comptable. C’est une condition existentielle de résilience, de souveraineté et d’influence pour une nation en dérive avec 3 460 milliards d’euros de dette à fin 2025, soit 115,6 % du PIB. À 287 milliards de déficit en 2032 sans réforme, la France ne choisit plus ses politiques publiques : elle les subit. Les marchés exigent. Bruxelles encadre. Les amputations succèdent aux promesses.

Le contrat républicain ne survit pas longtemps une telle chute. Le mandat dont nous parlons n’est pas un chemin de facilité. C’est le seul qui reste.

Et il n’aura de portée que si la France lui adjoint sa voix au-dehors — à Bruxelles, où les règles qui la contraignent sont écrites.

Paul Corey