Écrire un livre, c’est creuser des galeries
Ce que creuser un livre veut dire...

Écrire un livre, c’est bâtir une maison en creusant des galeries.
On ne commence pas par dresser des murs visibles. On commence dans l’ombre, sous la surface. Chaque idée est un coup de pioche, chaque phrase un tunnel incertain. On avance sans savoir où l’on débouche, guidé par une intuition fragile.
Ces galeries, étroites ou vastes, se croisent, se contredisent, s’effondrent. Il faut alors recommencer, creuser ailleurs, ou revenir sur ses pas. Rien n’est linéaire. Le livre se forme dans ce labyrinthe invisible, là où l’auteur doute autant qu’il découvre.
Puis certaines galeries tiennent. Elles se relient, dessinent une structure. La maison commence à exister. Les fondations ne se voient pas : elles soutiennent tout. Les personnages deviennent des pièces, les chapitres des étages, les mots des pierres.
Le livre achevé, le lecteur ne voit que la maison. Il en parcourt les couloirs, admire les ouvertures, en ressent l’équilibre.
Mais sous ses pas demeure tout ce qui ne se montre pas : les tunnels abandonnés, les détours inutiles, les profondeurs explorées en silence.
Écrire, c’est bâtir dans l’invisible pour offrir, un jour, un lieu habitable.
Paul Corey