Donald Trump
La démocratie V2.0...

L’homme qui a transformé quatre inculpations pénales en arguments de campagne et une condamnation en martyrologie politique.
Né le 14 juin 1946 à Jamaica, Queens, quatrième enfant de Fred Trump, constructeur de logements populaires. La fortune n’est pas héritée : elle est fabriquée par un père qui répète à ses fils qu’ils doivent être des “killers”. À treize ans, Donald est envoyé en pensionnat militaire pour problèmes de comportement. Cinq reports de conscription entre 1964 et 1972 — dont un pour “éperons osseux” au pied, diagnostic contesté. Il sort diplômé en économie de la Wharton School en 1968, un titre qu’il brandit quarante ans comme preuve de son génie.
La Trump Organization, c’est d’abord l’argent du père, les connexions politiques familiales et les garanties bancaires paternelles. En 1976, Trump obtient de la ville de New York un abattement fiscal de quarante ans sur le Grand Hyatt Hotel — initialement estimé à 4 millions de dollars par an, il atteindra 400 millions sur la durée. Il présente l’opération comme la preuve de son talent personnel. Ce schéma — gains privatisés, subventions publiques occultées — ne changera jamais.
Entre 1984 et 1990, trois casinos géants à Atlantic City. Le Trump Taj Mahal, “huitième merveille du monde”, coûte près d’un milliard financé par des obligations à 14 %. En 1990 : 3,4 milliards de dettes dont 832 millions garantis personnellement. Six faillites entre 1991 et 2009. Les investisseurs perdent plus de 1,5 milliard. Trump, lui, continue de percevoir salaires et honoraires. “On met l’entreprise en faillite, on négocie avec les banques. Ce n’est pas personnel, c’est du business.”
En 2004, The Apprentice sauve tout. 20,7 millions de téléspectateurs en moyenne dès la première saison. 41,5 millions pour la finale. 400 millions de dollars sur quatorze saisons. L’émission transforme un homme aux multiples faillites en incarnation du capitalisme triomphant. Elle forge chez des millions d’Américains une conviction : Trump est un gagnant. Ce mensonge télévisuel devient la réalité électorale.
Le 8 novembre 2016, il remporte la présidence sans expérience politique ni militaire, perdant le vote populaire de trois millions de voix. Premier mandat : réforme fiscale de 1 500 milliards offerte aux entreprises, trois juges conservateurs à la Cour suprême, retrait de l’Accord de Paris, guerre commerciale avec la Chine. En 2022, la Cour annule Roe v. Wade (décision rendue en 1973 par la Cour suprême des États-Unis qui a reconnu un droit constitutionnel à l’avortement, fondé sur le droit à la vie privée). Deux impeachments. Gestion chaotique du Covid-19, l’un des taux de mortalité les plus élevés des pays développés. Le 6 janvier 2021 : ses partisans envahissent le Capitole, cinq morts, pour la première fois depuis 1814.
Quatre inculpations entre mars 2023 et août 2023. Quatre-vingt-onze chefs d’accusation. Une condamnation en mai 2024 pour falsification de documents. À chaque mise en examen, les dons de campagne explosent. Son mugshot géorgien devient article de merchandising.
Le 5 novembre 2024 : victoire nette avec 312 grands électeurs, progression chez les Hispaniques et les jeunes hommes noirs. Premier president depuis Grover Cleveland en 1893 à conquérir deux mandats non consécutifs.
Le 20 janvier 2025, première décision présidentielle : grâce à environ 1 500 personnes condamnées pour l’assaut du Capitole, y compris les dirigeants des Proud Boys condamnés pour conspiration séditieuse. La violence politique contre les institutions, dès lors qu’elle sert le bon candidat, reste impunie. DOGE confié à Elon Musk. Nominations loyalistes. Administration plus radicale et moins contrainte que la première.
Pour beaucoup, son héritage n’est pas économique — déficits explosés, résultats commerciaux mitigés —, ni diplomatique — spectaculaire en mise en scène, modeste en résultats durables — mais culturel : la démonstration qu’une démocratie peut être conquise par la seule maîtrise du spectacle médiatique, sans doctrine, sans programme, sans vision cohérente de l’État.
Ainsi, Donald Trump a prouvé qu’aux États-Unis du XXIe siècle, la notoriété vaut programme, l’audace vaut compétence, et qu’un homme condamné pénalement peut redevenir président.
Dans une démocratie saturée d’images, celui qui maîtrise le récit maîtrise le réel.
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Paul Corey