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Narendra Modi

Banni des États-Unis pour violations des droits humains... puis applaudi debout par le Congrès américain 18 ans plus tard

Narendra Modi

De vendeur de thé sur un quai de gare à Premier ministre de 1,4 milliard d’habitants : l’ascension la plus brutale de la démocratie la plus peuplée du monde…

Né le 17 septembre 1950 à Vadnagar, Gujarat, dans une maison de 40 pieds sur 12. Son père tient un étal de thé. Sa mère élève six enfants sans instruction formelle. La famille appartient aux “Other Backward Classes”, castes intermédiaires marginalisées. Cette origine modeste, savamment entretenue, deviendra le socle de toute sa mythologie politique.

À huit ans, il intègre le RSS, organisation nationaliste hindoue fondée en 1925. En 1972, il en devient pracharak à plein temps, levé à 5h, couché tard, célibat requis. Il abandonne sans divorce une épouse arrangée dans l’enfance — Jashodaben, qui deviendra institutrice et ne le reverra jamais. En 1987, le RSS le détache au BJP. Secrétaire général du parti gujarati en 1988. L’appareil avant le pouvoir.

Le 7 octobre 2001, sans expérience gouvernementale, il prête serment comme chef ministre du Gujarat. Cinq mois plus tard, le 27 février 2002, un train de pèlerins hindous brûle à Godhra : 59 morts. Modi désigne publiquement des musulmans comme responsables. Les émeutes durent trois jours. Bilan officiel : 1 044 morts dont 790 musulmans, 150 000 déplacés. Les estimations indépendantes évoquent plus de 2 000 victimes. En 2005, les États-Unis lui refusent un visa — seul dirigeant au monde exclu pour violations de liberté religieuse. Il est réélu chef ministre en décembre 2002 avec 127 sièges sur 182.

Le 16 mai 2014, le BJP remporte 282 sièges sur 543 — première majorité absolue depuis 1984. Le Congrès s’effondre à 44 sièges. Le 8 novembre 2016, Modi annonce à minuit la démonétisation de 86 % de la monnaie en circulation. Files devant les banques, 40 % des emplois informels perdus, récoltes pourrissant faute d’acheteurs. Résultat : 99,3 % des billets retirés sont déposés en banque — les détenteurs de fortunes illégales ont blanchi leur argent. Modi présente l’échec comme un sacrifice patriotique.

En 2019, il remporte 303 sièges avec une campagne explicitement nationaliste hindoue, après des frappes aériennes contre le Pakistan. L’Inde devient la cinquième économie mondiale. Le PIB par habitant progresse de 40 % entre 2014 et 2022. 400 millions de comptes bancaires ouverts. 18 000 villages électrifiés. Mais la croissance moyenne (5,5 % annuels) reste inférieure à celle de son prédécesseur (7,03 %). Le chômage atteint des records. 1 % des Indiens détiennent 40 % de la richesse nationale — niveau inédit depuis l’indépendance. Freedom House rétrograde l’Inde de “démocratie libre” à “partiellement libre”. Reporters Sans Frontières la classe 150e pour la liberté de la presse.

En juin 2024, troisième mandat — mais sans majorité absolue pour la première fois depuis dix ans. Modi gouverne en coalition. Le même homme qu’Obama reçoit à Washington en 2023 avec les honneurs était banni du territoire américain en 2005. Entre ces deux dates, rien n’a changé dans les faits de 2002. Tout a changé dans le poids géopolitique de l’Inde.

Ainsi, Narendra Modi a démontré qu’une économie peut croître de 40 % et ses libertés reculer simultanément, que le nationalisme identitaire et la mondialisation ne sont pas incompatibles, et que la démocratie la plus peuplée du monde peut élire trois fois de suite l’homme que ses propres tribunaux ont dû disculper des émeutes les plus meurtrières de son histoire récente

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Paul Corey