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EGLISE CATHOLIQUE : Ce qui a changé...

Hier, la messe structurait la semaine. Aujourd’hui, elle rassemble une minorité.

EGLISE CATHOLIQUE : Ce qui a changé...

En 1930, la France était la fille aînée de l’Église. Aujourd’hui, moins de 2 % des catholiques vont à la messe.

D’abord, la pratique. En 1930, la messe dominicale reste une pratique majoritaire. Les enquêtes du chanoine Boulard estimeront rétrospectivement le taux de pratique à plus de 30 % de la population dans les années 1950, et il était probablement supérieur dans les années 1930.

Plus de 90 % des naissances donnent lieu à un baptême, plus de 90 % des mariages sont religieux, et 95 % des sépultures sont catholiques.

Aujourd’hui, seuls 1,5 % des catholiques déclarés assistent à la messe chaque semaine, contre 5 % en 2006 et 34 % en 1954. À peine 32 % des Français se déclarent catholiques, contre 70 % dans les années 1980. L’effondrement s’est accéléré après le concile Vatican II (1962-1965), et n’a jamais cessé depuis.

Le clergé s’est effondré. En 1930, la France compte plusieurs dizaines de milliers de prêtres, les séminaires sont bien remplis, et chaque paroisse dispose de son curé. Les ordinations sont nombreuses et le clergé est jeune. Aujourd’hui, 105 prêtres ont été ordonnés en 2024 (90 prévus en 2025). La France ne compte plus qu’environ 11 000 prêtres de moins de 75 ans, contre 29 000 en 1995.

Les 10 326 paroisses sont regroupées en ensembles toujours plus vastes. Près de 70 % des funérailles sont encore célébrées par l’Église, mais 32 % sont désormais animées par des laïcs faute de prêtres.

La place dans la société a radicalement changé. En 1930, l’Église exerce une influence majeure sur la vie sociale et politiqu. Les écoles catholiques sont nombreuses, les œuvres de charité structurent l’entraide, les fêtes religieuses rythment l’année. Les tensions avec la République laïque restent vives, la loi de 1905 n’ayant que 25 ans.

Les plus anciens se souviennent des rues pleines de communiants au printemps. La première communion, marquée par l’habit blanc, se déroulait traditionnellement entre Pâques et la Pentecôte, fréquemment au mois de mai. Elle concernait les enfants de 11 à 12 ans et constituait un rite religieux et social important : les filles portaient une robe blanche avec voile ou couronne de fleurs, les garçons un costume sombre ou une aube. La cérémonie donnait lieu à une fête familiale et à des cadeaux symboliques.

Aujourd’hui, l’influence politique de l’Église est marginale. L’enseignement catholique scolarise encore 2 millions d’élèves (17 % du total), mais souvent pour des raisons non religieuses. Le patrimoine immobilier reste considérable (45 000 églises), mais leur entretien pose problème. La sécularisation est avancée : plus de 50 % des Français se déclarent « sans religion ».

Les croyances ont évolué. En 1930, le catholicisme est une composante de l’identité nationale. Foi et pratique sont liées, la transmission familiale est forte, le questionnement religieux rare. L’anticléricalisme militant constitue la seule alternative. Aujourd’hui, les « catholiques culturels » sont nombreux : attachés à une identité sans pratique ni croyance ferme. La transmission familiale est rompue, le pluralisme religieux accepté.

L’islam est devenu la deuxième religion de France, et les conversions dans tous les sens se multiplient.

Ainsi, en moins d’un siècle, l’Église catholique française est passée d’une institution centrale de la vie nationale, structurant les rites de passage et la morale collective, à la présence plus discrète d’une minorité de fidèles, souvent vieillissants et d’un clergé en voie d’extinction.

Paul Corey