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Évian : et si le G7 se trompait encore ?

L'objectif est-il aussi clair que l'unité affichée ?

Évian : et si le G7 se trompait encore ?

Le 16 juin 2026 à Évian, le G7 a promis d’intensifier les sanctions et l’aide militaire à l’Ukraine, face à une Russie qui aurait déjà perdu plusieurs centaines de milliers d’hommes en quatre ans de guerre. L’unité affichée semble totale. Cette même ville avait pourtant déjà accueilli, en 2003, un G8 affichant sa cohésion sur l’Irak, alors même que cette cohésion venait de se briser sur le terrain.

Cette position est défendable. Un pays a été agressé, une frontière violée, une démocratie se bat pour sa survie. Mais une question distincte demeure : soutenir indéfiniment l’Ukraine sert-il nécessairement les intérêts à long terme de l’Europe ?

L’histoire invite à la prudence.

Évian porte la mémoire d’une autre promesse de cohésion. En juin 2003, le G8 s’y réunissait trois mois après l’invasion de l’Irak, menée par Washington et Londres alors que Paris et Berlin s’y opposaient. Le sommet a surtout effacé la trace de ce désaccord, le temps d’une photo de famille, sans jamais le recoller.

Les mêmes puissances ont ensuite vendu une mondialisation censée enrichir tout le monde, avant d’en découvrir les effets déstabilisateurs. Elles ont laissé prospérer une dépendance énergétique massive à la Russie, avant de la qualifier d’erreur stratégique. Dans chacun de ces épisodes, la certitude a précédé l’erreur, bien davantage que la mauvaise foi.

Le soutien actuel à l’Ukraine repose, lui aussi, sur une hypothèse : qu’en augmentant l’aide, la Russie finira par céder ou accepter un compromis favorable à l’Occident.

Après plus de quatre ans de guerre, rien ne permet de l’affirmer.

Moscou a perdu plusieurs centaines de milliers d’hommes, vu ses réserves gelées et subi des sanctions massives ; son économie a pourtant trouvé d’autres débouchés, même si elle a reculé au premier trimestre 2026, signe d’une résilience désormais sous tension.

L’Ukraine, elle, dépend toujours des financements occidentaux.

Depuis 2022, l’Europe et les États-Unis ont engagé plus de trois cents milliards d’euros pour la soutenir ; depuis le retrait américain début 2025, l’Europe seule en porte l’essentiel.

Chaque euro envoyé à Kiev est un euro qui ne finance ni infrastructures, ni recherche, ni défense européenne autonome.

Les partisans du soutien répondent que le coût d’une victoire russe serait largement supérieur. L’argument est sérieux, mais repose lui aussi sur une hypothèse : que Moscou viserait au-delà de l’Ukraine, et qu’un compromis serait perçu comme une invitation à poursuivre.

Nul ne peut l’affirmer avec certitude.

Le débat public s’enferme pourtant dans deux caricatures : défenseurs de la liberté contre naïfs ou complices. Douter n’est pas approuver.

On peut condamner l’invasion russe en s’interrogeant sur l’objectif qu’elle poursuit. Frontières de 1991, de 2022, cessez-le-feu, neutralité négociée, adhésion à l’OTAN : chaque définition de la victoire suppose un coût et un calendrier différents, et le débat n’a jamais tranché laquelle est visée.

Ce débat appelle moins une remise en cause de la légitimité du soutien qu’une exigence de clarté sur son objectif.

Trois clarifications s’imposent.

Une définition partagée de la victoire, du cessez-le-feu à l’adhésion atlantique.

Un chiffrage transparent du coût engagé, comparé aux investissements qu’il prive ailleurs.

Un débat dépassionné, où le doute redevienne une posture légitime plutôt qu’une suspicion de complaisance.

À Évian, le G7 a choisi la continuité : davantage d’aide, de sanctions, de pression sur Moscou. L’histoire lui donnera peut-être raison.

Mais les précédentes erreurs occidentales rappellent une leçon simple : en géopolitique, les décisions les plus coûteuses ne sont pas toujours celles qui paraissent contestables au moment où elles sont prises. Ce sont souvent celles qui bénéficient d’un large consensus.

En 2026, la question n’est plus de savoir si l’on doit soutenir l’Ukraine. Elle est de savoir jusqu’où, pourquoi, et à quel prix pour l’Europe elle-même.

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Paul Corey