FINANCES PUBLIQUES : ce qui a changé

En 1930, un Français travaillait six semaines pour l’État. Aujourd’hui, six mois. Entre-temps, les routes sont devenues des nids-de-poule et l’armée manque de munitions…
D’abord, la dépense. En 1930, la dépense publique totale représente environ 15 % du PIB. Aujourd’hui, elle dépasse 57 % du PIB, soit environ 1 600 milliards d’euros par an. La France est devenue le pays de l’OCDE où la dépense publique est la plus élevée en proportion de la richesse nationale.
Ensuite, les prélèvements. Dans les années 1930, les prélèvements obligatoires représentent environ 12 % du PIB. Aujourd’hui, ils dépassent 45 % du PIB. Un Français travaille en moyenne jusqu’à mi-juin pour financer les administrations publiques, contre moins de deux mois dans les années 1930.
Le déficit est devenu structurel. En 1930, hors périodes de guerre, le budget de l’État est généralement proche de l’équilibre. Depuis 1974, la France n’a pas voté un seul budget en équilibre. Le déficit public oscille entre 3 % et 7 % du PIB chaque année, quelle que soit la conjoncture économique.
La dette a explosé. En 1930, la dette publique représente environ 50 % du PIB, héritée en grande partie de la Première Guerre mondiale. Aujourd’hui, elle dépasse 115 % du PIB, soit plus de 3 500 milliards d’euros. Elle a été multipliée par dix en valeur constante depuis 1980, en temps de paix.
La charge d’intérêts devient écrasante. En 1930, le service de la dette représente un poste budgétaire significatif mais maîtrisé. Aujourd’hui, la charge d’intérêts dépasse 50 milliards d’euros par an, soit davantage que le budget de la Défense. Avec la remontée des taux, elle pourrait atteindre 80 milliards d’ici 2027.
L’investissement public a reculé. Dans les années 1930, l’État investit massivement dans les infrastructures : routes, chemins de fer, électrification. La part de l’investissement dans la dépense publique dépasse 20 %. Aujourd’hui, l’investissement net représente moins de 3 % de la dépense publique. L’essentiel du budget finance le fonctionnement et les transferts sociaux.
La richesse par habitant a stagné. Entre 1930 et 1980, le PIB par habitant a été multiplié par quatre en termes réels. Depuis 2000, il stagne. En parité de pouvoir d’achat, la France est passée du 5e rang mondial au 25e rang environ. Elle est désormais dépassée par la plupart des pays d’Europe du Nord.
La structure de la dépense s’est inversée. En 1930, l’État consacre l’essentiel de son budget aux fonctions régaliennes : défense, justice, police, diplomatie. Aujourd’hui, les dépenses de protection sociale représentent près de 45 % de la dépense publique totale. Les fonctions régaliennes sont tombées sous les 10 %.
Enfin, la dépendance aux marchés financiers a changé de nature. En 1930, la dette est détenue majoritairement par des épargnants français. Aujourd’hui, plus de 50 % de la dette est détenue par des investisseurs étrangers. La France emprunte environ 300 milliards d’euros chaque année sur les marchés pour refinancer sa dette et financer son déficit.
Ainsi, en moins d’un siècle, les finances publiques françaises sont passées d’un modèle sobre, équilibré et tourné vers l’investissement à un modèle de dépense maximale, de déficit permanent et d’endettement croissant, dont la soutenabilité dépend désormais de la confiance d’investisseurs internationaux.
Paul Corey