FAMILLE : ce qui a changé
Un siècle plus tard...

En 1930, une photo de famille réunit trois générations sous le même toit, encadrée par un mariage et des enfants légitimes. En 2024, elle montre souvent un parent seul, des demi-frères qui ne partagent pas le même nom, et des grands-parents qu’on voit sur écran.
D’abord, le mariage. En 1930, environ 350 000 mariages sont célébrés chaque année pour une population de 42 millions d’habitants, soit un taux de nuptialité d’environ 8 pour 1 000. Aujourd’hui, on compte environ 230 000 mariages pour 68 millions d’habitants, soit un taux de 3,4 pour 1 000. Le mariage concernait la quasi-totalité des adultes ; il est devenu minoritaire.
Ensuite, le divorce. Dans les années 1930, environ 20 000 divorces sont prononcés chaque année, soit un divorce pour 15 à 20 mariages. Aujourd’hui, on compte environ 120 000 divorces par an, soit près d’un divorce pour deux mariages. La durée moyenne des unions a fortement diminué.
Les naissances hors mariage ont explosé. En 1930, moins de 7 % des enfants naissent hors mariage, et cette situation est socialement stigmatisée. Aujourd’hui, plus de 60 % des naissances ont lieu hors mariage. Ce qui était l’exception est devenu la norme.
La fécondité a chuté. En 1930, l’indice de fécondité est d’environ 2,3 enfants par femme, après une baisse déjà amorcée depuis le XIXe siècle. Aujourd’hui, il est tombé à 1,68 en 2023, son plus bas niveau historique, bien en dessous du seuil de renouvellement des générations.
L’âge à la maternité a reculé. Dans les années 1930, les femmes ont leur premier enfant en moyenne vers 25 ans. Aujourd’hui, cet âge dépasse 31 ans. Ce recul comprime la fenêtre de fécondité et contribue à la baisse du nombre d’enfants par femme.
Les familles monoparentales se sont multipliées. En 1930, elles résultent presque exclusivement du veuvage et restent marginales. Aujourd’hui, environ 25 % des familles avec enfants sont monoparentales, soit plus de 2 millions de familles, principalement issues de séparations. Un enfant sur cinq vit avec un seul parent.
La taille des ménages s’est réduite. En 1930, le ménage moyen compte environ 3,5 personnes, et la cohabitation intergénérationnelle est fréquente. Aujourd’hui, la taille moyenne est de 2,2 personnes, et plus d’un tiers des ménages sont composés d’une seule personne.
Enfin, la fonction sociale de la famille a changé. Dans les années 1930, elle est le premier lieu de transmission des savoirs, des normes et du patrimoine. Elle assure l’essentiel de la solidarité entre générations. Aujourd’hui, ces fonctions ont été largement transférées à l’État, à l’école et aux institutions sociales.
Ainsi, en moins d’un siècle, la famille française est passée d’une institution stable, quasi universelle et centrale dans l’organisation sociale, à une réalité plurielle, fragile et de plus en plus dépendante de la puissance publique.
Paul Corey