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Insoumis à tout, sauf au chef...

Les drôles de méthodes des antifas...

Insoumis à tout, sauf au chef...

Quatre loyaux promus. Quatre critiques éjectés. Un seul critère : la soumission au chef…

Quatre profils, quatre générations, une seule constante. Éric Coquerel naît en 1958 à Courbevoie, milite trente ans dans la Ligue communiste révolutionnaire avant de rallier le Parti de Gauche de Mélenchon. Manuel Bompard naît en 1986 à Firminy, ingénieur sorti de l’ENSIMAG de Grenoble, docteur en mathématiques appliquées à Nice-Sophia Antipolis, co-fondateur d’une startup avant de tout plaquer pour devenir le directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon. Mathilde Panot naît en 1989 à Tours, Sciences Po Nancy, coordinatrice de l’association “Voisin Malin”, rejoint LFI en 2016. Clémence Guetté naît en 1991 à Bressuire, responsable programme LFI avant d’être élue en 2022. Entre le doyen et la benjamine : trente-trois ans d’écart mais la même trajectoire.

Aucun des quatre n’a jamais géré un budget public, dirigé un service, présidé un conseil municipal ou régional. Coquerel mis à part — il a dirigé une entreprise, seul ancrage réel hors militantisme —, ce sont des professionnels de l’appareil.

Bompard a participé à une aventure entrepreneuriale avant de plonger dans la politique à plein temps dès 2017. Panot n’a connu qu’un seul employeur. Guetté était « responsable programme LFI » avant le Palais-Bourbon — l’appareil comme unique curriculum vitae.

La progression suit la même logique : d’abord, la loyauté aux campagnes. Bompard dirige les présidentielles de 2017 et 2022 — il invente le hologramme d’Aubervilliers, organise la marche du 18 mars, structure la machine électorale de bout en bout. Panot coordonne les groupes d’appui en 2016. Guetté pilote le programme en 2022.

La fidélité est récompensée : Bompard devient coordinateur national, Panot présidente de groupe, Guetté vice-présidente de l’Assemblée.

Les chiffres le confirment avec une précision mécanique : Bompard et Panot votent avec leur groupe dans 100 % des scrutins solennels. Guetté à 99 %. Coquerel à 95 % — le moins discipliné du lot, et de loin l’aîné.

En décembre 2022, quand Bompard restructure la direction sans élection interne, il assume, sereinement : « Voter n’est pas nécessairement l’alpha et l’oméga de la démocratie. »

Avant eux, Alexis Corbière, Raquel Garrido, François Ruffin, Clémentine Autain. Même génération militante, même maison, mêmes combats — et le même tort : avoir pris la parole sans autorisation.

En décembre 2022, Corbière, Garrido, Autain, Ruffin et Coquerel lui-même apprennent qu’ils ont été recalés de la direction par Mélenchon. Un proche des évincés résume alors la situation avec une image qui restera : « Quand le boucher aiguise le couteau, il vaut mieux que les petits cochons se mettent ensemble pour ne pas finir suspendus dans le magasin. »

La rupture formelle arrive le 14 juin 2024. LFI publie sa liste de 230 investitures pour les législatives anticipées : Corbière, Garrido et Simonnet sont écartés. Adrien Quatennens, condamné en décembre 2022 à quatre mois de prison avec sursis pour violences conjugales, est lui réinvesti. La direction justifie froidement : les exclus prévoyaient de ne pas siéger avec le groupe après l’élection.

Les réactions fusent, cinglantes. Corbière : « Une obscure commission électorale de LFI a décidé de ne pas m’investir comme candidat. Une punition pour avoir fait entendre des critiques en interne. » Ruffin tranche, sans ménagement : « Vous préférez un homme qui frappe sa femme à des camarades qui ont l’impudence d’avoir un désaccord avec le grand chef. » Autain formule la même équation avec encore plus d’acuité : « Il vaut mieux avoir été condamné pour violences conjugales que d’avoir défendu la démocratie, manifesté contre l’antisémitisme après le 7 octobre et plaidé pour l’union des gauches. »

En juillet 2024, Autain, Ruffin, Corbière, Simonnet et Davi sont officiellement exclus par le Comité de respect des principes de LFI pour avoir fondé leur propre mouvement, « l’Après ». Garrido, battue dans sa circonscription, disparaît.

Les cinq rejoignent le groupe écologiste à l’Assemblée. LFI perd d’un coup cinq élus expérimentés en pleine séquence de pouvoir potentiel. La direction ne bronche pas.

LFI ne fonctionne pas comme un parti : pas d’adhérents au sens classique, pas de congrès souverain, pas d’élection interne pour les postes de direction. Les investitures sont décidées par une commission dont la composition n’est pas publique. La loyauté est la condition d’accès à la visibilité — et la visibilité, la seule condition de survie politique.

Ceux qui ont une base personnelle — Ruffin en Picardie, Corbière en Seine-Saint-Denis — peuvent résister. Les autres disparaissent s’ils ne se soumettent pas.

LFI se veut antifa. Reconnaître l’autoritarisme, le nommer, le dénoncer avec une véhémence sans égale. Mais ce même mouvement fonctionne sans élection interne, sans commission transparente, sans droit à la dissidence. Il préfère un condamné pour violences conjugales à des camarades coupables d’avoir pensé librement. Il épure ses autonomes, récompense ses loyaux, et concentre tout le pouvoir réel autour d’un seul nom que personne n’ose contester.

Ce n’est pas de l’hypocrisie. C’est de la méthode. La machine insoumise a simplement repris la vieille équation de la gauche radicale : tenir la ligne sans délibérer, reproduire exactement ce qu’on combat — et garder le drapeau.

Paul Corey