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Islamo-gauchisme (3/3)

WOW! Kit de survie lexical · 2026

Islamo-gauchisme (3/3)

ISLAMOGAUCHISME

Le mot est plus jeune. Coiné par Pierre-André Taguieff en 2002, il désigne une convergence supposée entre une partie de la gauche radicale et certains courants islamistes — autour de l’antisionisme, de la critique de l’Occident, de la défense d’un communautarisme musulman. Question légitime : ce label échappe-t-il à la critique faite aux deux préfixes “extrême” ?

Réponse honnête : pas tout à fait. Mais il s’en approche le moins mal des trois.

La trilogie temporelle s’applique aussi à lui. Un passé imposé : Foucault et la révolution iranienne, l’anti-impérialisme tiers-mondiste post-1968, certaines alliances de la nouvelle gauche dans les années 1970. Un présent désigné : refus de qualifier le Hamas, théorisation de la créolisation, alliances électorales avec certaines associations communautaristes, propos relativisant l’antisémitisme par certains élus. Un futur anticipé : alarme d’une islamisation rampante, dhimmitude, fin de la laïcité.

Trois temps. Trois opérations. La même structure manipulatoire que les deux préfixes “extrême”. Le mot ne fait pas exception à la mécanique générale du label polémique.

Mais il s’en distingue par deux points.

Le saut temporel est court. Taguieff écrit en 2002. La continuité avec le présent de 2026 est de vingt-quatre ans. Les acteurs visés — Mélenchon, certains cadres LFI, certains intellectuels — sont publiquement actifs sur toute cette période. Le passé invoqué n’est pas un passé d’archives ; c’est un passé en cours. La distance est moindre que de Vichy à Bardella, ou de Lénine à Mélenchon.

Et certains comportements présents sont datables, attribuables, vérifiables. Le refus de qualifier le Hamas d’organisation terroriste après le 7 octobre 2023 est public. Les outrances de plusieurs élus sur l’antisémitisme sont documentées par les associations qui en mesurent la portée. La théorisation de la créolisation est imprimée. Les alliances dans certaines circonscriptions de Seine-Saint-Denis sont attestées. Ces faits existent. Ils ne sont pas inventés par les utilisateurs du label.

Pour autant, le label ne convient pas “parfaitement”.

“Islamogauchisme” range sous une seule étiquette des phénomènes hétérogènes : défense des Musulmans comme citoyens (légitime dans une démocratie pluraliste), critique politique d’Israël (légitime dans le débat international), post-colonialisme universitaire (cadre théorique parmi d’autres), alliances électorales communautaristes (problématique distincte), refus de qualifier le Hamas (position politico-juridique précise), propos antisémites de certains élus (faits attribuables nominalement). Ces éléments ne se valent pas. Les confondre, c’est dispenser de l’examen au profit du verdict.

Le fit est contesté par sa cible. LFI rejette le label. Sa critique d’Israël se présente comme anti-coloniale, pas pro-islamiste. Ses alliances locales se présentent comme tactico-électorales, pas idéologiques. Sa position sur le Hamas se présente comme juridico-diplomatique, pas sympathique. Ces lectures existent et sont défendables.

Le rejet académique enfin. Le CNRS a écarté en 2021 “islamogauchisme” comme catégorie scientifiquement valide, à la suite de la commande publique de Frédérique Vidal alors ministre de l’Enseignement supérieur. Le terme vit d’une vie polémique, pas conceptuelle.

Le label “islamogauchisme” tient temporellement le mieux des trois étudiés. Mais il agglomère, il est contesté sur le fond, il est rejeté académiquement. L’usage rigoureux exige de nommer les comportements précis plutôt que de mobiliser un tel label.

“Islamogauchisme” convient moins mal qu’”extrême-droite” et “extrême-gauche” à leurs cibles. Cela ne le rend pas analytiquement irréprochable. La rigueur lexicale n’a pas de camp. C’est exactement ce qui en fait la rigueur.

WOW! On Words — Kit de survie lexical · 2026

Paul Corey