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Kyriakos Mitsotakis

Technocrate brillant ou héritier d’un système ?

Kyriakos Mitsotakis

Le réformateur diplômé de Harvard qui a redressé l’économie grecque gouverne dans l’ombre d’un État parallèle qu’il affirme ne pas contrôler.

Né le 4 mars 1968 à Athènes, Kyriakos Mitsotakis entre dans le monde avec déjà un destin tracé. Son père, Konstantinos Mitsotakis, sera Premier ministre de 1990 à 1993. Sa sœur Dora Bakoyannis devient maire d’Athènes puis ministre des Affaires étrangères. Son neveu, fils de Dora, est élu maire d’Athènes en 2019. Cinq générations de sa famille siègent au parlement grec. Venizélos, fondateur de la Grèce moderne, est son grand-oncle. Lorsqu’il naît, la junte militaire place la famille en résidence surveillée. À six mois, il part en exil à Paris. Il ne revient en Grèce qu’en 1974, avec la démocratie.

En 1986, il intègre Harvard où il sort en 1990 avec mention summa cum laude, prix Tocqueville et Hoopes. Stanford pour un master en 1993, Harvard Business School pour un MBA en 1995.

De 1995 à 1997, il travaille comme consultant chez McKinsey à Londres. En 2006, il fonde Darts-ip, une société internationale de propriété intellectuelle. Il répète qu’on doit le juger sur son CV, pas sur son nom. Le nom reste pourtant partout.

En 2004, il est élu député pour la première fois. Sa trajectoire est discrète, éclipsée par sa sœur. En 2013, Premier ministre Samaras le nomme ministre des Réformes administratives en pleine crise : il licencie 15 000 fonctionnaires sous pression des créanciers. En janvier 2016, il prend la tête de Nouvelle Démocratie avec dans son entourage Adonis Georgiadis, ancien d’un parti d’extrême droite qui avait vanté un ouvrage antisémite.

Le 8 juillet 2019, il bat Tsipras avec 39,9 % et 158 sièges sur 300. Le technocrate libéral prend les commandes d’une Grèce sortant de dix ans d’austérité.

Son bilan économique est réel. La dette publique recule de 207,6 % du PIB en 2020 à 152,5 % en 2025. Le tourisme explose, les investissements reviennent, la croissance atteint 6 % en 2022. En janvier 2022, le mariage homosexuel est légalisé. La Grèce reçoit le titre de première IA Factory européenne avec le projet Pharos, budget de 30 millions d’euros. En mai 2023, malgré tout, il remporte 40,8 % des voix, meilleure performance d’un gouvernement sortant depuis la transition démocratique de 1974.

Mais, les scandales s’accumulent. Début 2022, révélation que les services de renseignements grecs ont mis sur écoute des journalistes et des politiciens via le logiciel espion Predator. Le chef de l’opposition socialiste Androulakis est ciblé, son propre neveu et chef de cabinet Grigoris Dimitriadis démissionne. Mitsotakis affirme que l’État grec n’a jamais utilisé Predator.

En février 2026, quatre condamnés dont deux Israéliens écopent de huit ans de prison. Le tribunal transfère le dossier pour enquêter sur des faits d’espionnage impliquant des membres du gouvernement.

Le 28 février 2023, deux trains se percutent de front à Tempi : 57 morts, dont de nombreux étudiants. Le site est rasé au bulldozer quelques jours après l’accident. Des preuves disparaissent. Deux ans plus tard, aucun ancien membre du gouvernement n’a comparu devant un tribunal. Les familles accusent une dissimulation.

Ainsi, Kyriakos Mitsotakis a réussi là où d’autres avaient échoué — redresser les finances grecques sans quitter le pouvoir — mais en reproduisant les réflexes d’un État opaque que son parcours à Harvard et McKinsey était censé réformer : écoutes dissimulées, preuves disparues, responsabilités introuvables...

Paul Corey