Le FMI à nos portes
QUEL CANDIDAT ASSUMERA LES NEUF RÉFORMES DU SURSAUT ?

En 2026, la France consacre 74 milliards d’euros aux intérêts de sa dette, davantage qu’à ses armées. Pour la première fois de son histoire budgétaire récente, l’État travaillera bientôt d’abord pour ses créanciers. Et personne, dans le débat public, ne semble vouloir en tirer les conséquences.
Au premier trimestre 2026, la dette publique atteint 3 536 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB. Elle a gonflé de 75,6 milliards en un seul trimestre. La Banque de France évoque 100 milliards annuels d’ici 2029.
Les marchés ont déjà rendu leur verdict. La France emprunte 70 points de base plus cher que l’Allemagne. Chaque dixième de point de spread supplémentaire ajoute, à terme, trois milliards d’intérêts annuels. Le symbole est tombé en juillet : la France emprunte désormais plus cher que l’Italie à dix ans, alors que Rome porte près de vingt points de PIB de dette de plus que Paris. Les marchés notent la trajectoire avant le niveau. Le FMI, dans son Article IV, réclame un ajustement structurel de près de 3 % du PIB. Les prescripteurs sont déjà dans la pièce. Seul le guichet reste à ouvrir.
Les institutions visent le retour immédiat sous Maastricht. Aucune de ces mesures n’intègre la dérive démographique du bloc social d’ici 2032 : retraites, santé, dépendance. Le compte complet s’élève à 185 milliards d’économies annuelles à horizon 2032, dont 145 sur le seul bloc social. C’est la cible de Last Call.
Neuf réformes permettent de l’atteindre.
Ce n' est pas une opinion, ni une idéologie politique. Juste des faits, de l’arithmétique et pure logique. La réalité que tout le monde connait ou perçoit.
Le retour effectif à 65 ans de l’âge de départ à la retraite, 25 à 30 milliards, socle de tout le reste.
La refonte du marché du travail, flexisécurité danoise et activation à l’allemande, 15 milliards.
La maîtrise des dépenses de santé par le panier de soins, les ALD et les tarifs, 20 à 30 milliards.
Le contrôle d’effectivité des prestations de solidarité, 10 à 20 milliards.
L’évaluation permanente et l’extinction des aides aux entreprises inefficaces, 5 à 10 milliards.
La modernisation du bloc souverain, 15 à 20 milliards.
Le recouvrement de la fraude fiscale et sociale, 10 milliards.
La refonte du statut de la fonction publique sur le modèle nordique, 10 à 15 milliards.
Le plan Monge de numérisation et d’intelligence artificielle administrative, 10 à 25 milliards.
L’ IA offre à la France une opportunité historique, l’équivalent du plan Messmer de 1974 pour le nucléaire : 56 réacteurs en quinze ans, sans jamais dévier. Les économies qui gagneront le plus à l’IA sont celles qui ont le plus à rationaliser : administration hypertrophiée, procédures empilées, travail qualifié saturé de formulaires. Le handicap devient gisement.
Et la France a de multiples atouts dans ce domaine, a commencer justement par son électricité abondante et décarbonée sans oublier Mistral, ses ingénieurs et ses chercheurs. Quinze à trente points de PIB sur dix ans pour qui saisit la vague. Le pays du millefeuille peut devenir celui qui l’automatise.
Ces neuf leviers exigent la simultanéité. Juppé a isolé la Sécurité sociale en 1995, Fillon les retraites publiques en 2003, Macron l’âge légal en 2023. L’effort réparti sur tout le corps social transforme le sacrifice isolé en contrat collectif. Retraités, salariés, fonctionnaires, allocataires, entreprises, administrations : chacun contribue selon le levier qu’il détient.
D’autres pays l’ont fait. La Suède a effacé douze points de déficit en cinq ans. Le Canada, cinq points de PIB en trois ans. Ces deux pays ont réformé avant que les marchés ne décident à leur place.
La France ne peut plus différer.
A défaut, ce sera “l’ajustement” sous contrainte, dicté par le FMI ou par la BCE. Quarante ans de non-réformes payés d’un coup, par ceux qui n’ont rien décidé.
Une seule question mérite d’être posée à chaque candidat de 2027 : lequel assume cette réalité devant les électeurs, chiffres et réformes à l’appui ? Ils sont nombreux.
Y en a t’il un(e) seul(e) résolu(e) à nous éviter les souffrances et le déshonneur du FMI et de la BCE ?
Paul Corey