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Macron à 18 % : le dernier héritier de 1981 ?

Fin de règne ou fin de régime ?

Macron à 18 % : le dernier héritier de 1981 ?

Dix-huit pour cent. Huit Français sur dix jugent désormais qu’Emmanuel Macron est un mauvais président.

François Hollande, qui renonça à se représenter, recueille aujourd’hui davantage d’adhésion que lui dans le même baromètre.

L’homme qui promettait de dépasser le vieux monde achève son règne en solde d’une lignée qu’il prétendait enterrer.

Le baromètre Odoxa-Mascaret pour Public Sénat et la presse régionale fixe un plancher inédit : 18 % d’opinions favorables, sept points perdus depuis juin, sur fond de flambée des carburants.

Le record de François Hollande, 16 % en octobre 2016, est à portée de main. Le rejet culmine chez les ouvriers, 83 %, et dans la France rurale, 81 %. Ceux qui font le plein pour aller travailler ont rendu leur verdict.

Ce chiffre dit davantage qu’un désamour. Il signe la fin d’une dynastie.

Tout commence en mai 1981.

François Mitterrand installe au cœur de l’État une croyance qui survivra à tous ses échecs : la volonté politique dispenserait du réel. Nationalisations, retraite à soixante ans, trente-neuf heures, cinquième semaine de congés. Deux ans plus tard, le franc vacille et le tournant de la rigueur de 1983 corrige la trajectoire.

La politique change. Le récit, jamais.

La France apprend à gouverner comme un héritier dépense : en promettant ce qu’elle ne produit plus.

Cette matrice mérite un nom : le progressisme du miracle.

Elle repose sur trois dogmes. La dépense publique comme preuve de vertu. La dette comme instrument de paix sociale. La parole comme substitut de l’action.

Chaque génération y a ajouté son étage. Les trente-cinq heures de Lionel Jospin. Le « mon adversaire, c’est la finance » de François Hollande en 2012. Toujours la même architecture : l’annonce d’abord, la facture ensuite, le réel jamais.

Emmanuel Macron sort de cette même maison.

Secrétaire général adjoint de l’Élysée en 2012, ministre de l’Économie en 2014, il promettait de dynamiter l’héritage. Il en fut l’exécuteur testamentaire le plus prodigue.

Le « quoi qu’il en coûte » de 2020 a porté la logique à son sommet. La dette publique, sous la barre des 100 % du PIB à son arrivée, atteint 3 536 milliards d’euros et 117,5 % du PIB fin mars 2026 selon l’Insee.

Sa réforme des retraites, imposée par le 49.3 en 2023, a été suspendue à l’automne 2025 pour sauver un gouvernement. Même la réforme censée prouver la rupture a cédé devant le vieux réflexe.

Le basculement vient de loin. Le dernier budget voté à l’équilibre date de 1974. Depuis, la droite elle-même a gouverné dans la maison de 1981 sans jamais en changer les serrures.

Pendant quarante-cinq ans, la France a vécu comme une famille qui hypothèque la maison pour payer les vacances. Macron a signé la dernière hypothèque. Ni de gauche ni de droite, il a réalisé la synthèse parfaite : la dépense des uns, le discours gestionnaire des autres, la lucidité d’aucun.

Et c’est une bonne nouvelle.

Une matrice ne meurt qu’au moment où son dernier héritier l’épuise. Les 18 % d’aujourd’hui mesurent moins la chute d’un homme que l’épuisement d’une croyance. Les Français ont cessé de croire au miracle avant leurs dirigeants. Le pays réel a devancé le pays légal, comme toujours.

Ce qui vient exige trois ruptures. Le réel : aucun engagement sans chiffrage, sans financement, sans calendrier. La production : rendre au travail, à l’industrie et à l’énergie la place que la redistribution a confisquée. La vérité : dire aux Français le prix de chaque promesse avant de la prononcer.

Ce contrat exige une qualité que quarante-cinq ans de miracles ont rendue suspecte: le courage de voir le réel.

En 2026, la question n’est plus de savoir qui fut le pire président. Elle est de savoir qui osera enfin regarder le réel.

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Paul Corey