Logement : qui doit avoir le dernier mot ?
Construire là où les logements manquent : jusqu’où le refus local peut-il l’emporter sur le besoin de se loger ?

2,9 millions de ménages attendaient un logement social au 30 juin 2026. Selon Odoxa, 70 % des Français font du logement un enjeu majeur de la prochaine présidentielle et 74 % jugent difficile de se loger en France. En 2025, environ 280 000 logements ont été mis en chantier. Chaque candidat promettra de construire davantage. Mais une promesse nationale doit, un jour, trouver un terrain, un financement et une autorisation locale. C’est là que les difficultés commencent.
Commençons par le mécanisme. Quand le logement devient trop cher, la première réponse consiste souvent à aider les ménages à payer. C’est nécessaire pour les plus fragiles. Mais lorsque dix ménages cherchent cinq appartements, augmenter leur capacité à payer laisse toujours cinq appartements. L’aide soulage les familles ; elle ne suffit pas à résoudre la pénurie. Il faut que davantage de logements deviennent disponibles, là où l’on a besoin d’habiter.
Cette précision commande tout le reste. Un logement vide loin des emplois ne remplace pas un appartement près du travail. Un terrain constructible sans transports ni services ne répond pas au même besoin qu’une parcelle au cœur d’une agglomération. La question du logement se pose à l’échelle de la vie quotidienne : où travailler, où scolariser les enfants, combien de temps passer chaque jour sur la route ?
Les candidats proposent plusieurs réponses. À droite, Bruno Retailleau veut alléger les contraintes, soutenir l’investissement locatif et encourager les communes qui construisent. Marine Le Pen défend la suppression du ZAN et de la loi SRU, avec davantage de liberté pour les maires. David Lisnard propose de supprimer les quotas portant sur le parc social existant et envisage des objectifs négociés sur les nouvelles constructions. Édouard Philippe insiste sur la protection des propriétaires et les conditions économiques de la location.
À gauche, l’accent porte davantage sur la construction publique et la régulation. Jean-Luc Mélenchon propose 200 000 logements publics par an. Raphaël Glucksmann défend la mobilisation du foncier et le développement du logement abordable. Les Écologistes veulent renforcer l’encadrement des loyers, financer davantage le logement social et sanctionner plus fortement les communes qui ne respectent pas leurs obligations.
Ces différences sont substantielles. Elles déterminent qui finance, qui construit, qui peut louer et à quel prix. Il faudra les arbitrer. Un propriétaire doit pouvoir entretenir son bien et trouver un intérêt à le louer. Un locataire doit pouvoir payer son logement et y vivre décemment. Un chantier doit être économiquement viable. Une obligation de rénovation doit pouvoir être exécutée.
Mais suivons un projet jusqu’au bout. Le financement est trouvé. Le constructeur est prêt. Le besoin de logements est établi. Il reste à accepter que ces logements prennent place quelque part : sur une friche, à la place de bureaux, au-dessus d’un bâtiment, dans un quartier qui devra accueillir davantage d’habitants.
C’est ici que le débat sur les moyens rencontre le débat sur le pouvoir.
Le maire doit répondre aux habitants qui craignent une école saturée, une circulation plus difficile, un quartier transformé. Il doit prévoir les réseaux, les équipements et les services. Lui demander de construire sans lui donner les moyens d’accueillir serait une facilité de plus pour l’État.
Mais ceux qui attendent un logement ont aussi des droits et des besoins. L’infirmière qui voudrait se rapprocher de l’hôpital, le jeune salarié qui renonce à un emploi, la famille qui vit à l’étroit ne peuvent pas attendre que chaque commune juge préférable de construire chez sa voisine.
Le déséquilibre politique est simple : les habitants déjà installés votent dans la commune. Ceux qui voudraient s’y installer n’y votent pas encore. Les premiers peuvent faire entendre leur opposition à un projet. Les seconds restent dispersés dans les files d’attente, les recherches infructueuses et les trajets quotidiens.
Voilà la grande question à trancher : lorsqu’un besoin de logements est établi, jusqu’où une commune peut-elle refuser d’y répondre ?
Redonner des libertés aux maires peut faciliter les projets qu’ils souhaitent. Cela ne résout pas le cas de ceux qu’ils refusent. Fixer des objectifs nationaux peut donner un cap. Cela ne garantit pas leur réalisation. Entre les deux, il faut une règle qui désigne celui qui aura le dernier mot.
Le Mandat doit demander aux candidats de l’expliciter avant l’élection. Les besoins doivent être évalués à l’échelle du bassin de vie, les objectifs répartis selon les possibilités réelles des communes et les équipements nécessaires financés. Les élus locaux doivent disposer d’une marge de choix sur les lieux et les formes de construction.
Mais si un blocage persistant empêche d’atteindre les objectifs convenus, qui pourra intervenir ? L’intercommunalité ? Le préfet ? Avec quels pouvoirs et dans quels délais ?
Paul Corey