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Marché de l’électricité : et si l’on pouvait acheter une garantie ?

Édito WOW! · 18 août 2026

Marché de l’électricité : et si l’on pouvait acheter une garantie ?

Le particulier veut du solaire. L’industriel veut du nucléaire. EDF préfère l’éolien. Les trois ont raison, chacun depuis sa place. Le seul acteur dont l’intérêt ne coïncide avec aucun des trois est l’État, avec le gestionnaire de réseau, qui doit faire fonctionner l’ensemble du système.

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Le débat français ressemble à une guerre de religions. En réalité, chacun défend la technologie qui sert le mieux son propre compteur.

En 2025, le nucléaire produit 373 térawattheures, l’éolien 50 et le solaire 33. Pourtant, le solaire affiche davantage de puissance installée que l’éolien : 30 gigawatts contre 26, pour un tiers d’électricité en moins. Le vent est une météo, le soleil est un horaire. Les nuages de Dunkerque compensent parfois le soleil de Tarbes. Mais aucun nuage ne repousse le coucher du soleil. Et l’hiver, il se cache bien souvent.

Le particulier choisit naturellement le solaire. C’est la seule énergie qu’il puisse posséder. Chaque kilowattheure autoconsommé lui évite d’acheter son électricité au prix fort.

Le gros industriel, lui, a besoin d’une alimentation garantie 8 760 heures par an. L’artisan boulanger veut pouvoir allumer son four tous les matins à 5 heures.

EDF raisonne encore autrement. Le solaire fait chuter les prix précisément aux heures où son parc nucléaire vendait historiquement le plus cher, et il oblige les réacteurs à plonger chaque midi pour remonter au crépuscule. La France a enregistré 513 heures de prix négatifs en 2025, contre quatre en 2022, concentrées entre onze et seize heures.

L’éolien pose un problème différent. Il ne garantit rien, mais il ne s’interdit rien non plus : il peut produire un soir de janvier à dix-neuf heures, quand la France consomme le plus. Le solaire, lui, est certain d’être absent à cette heure-là.

Entre une production incertaine et une absence certaine, un exploitant nucléaire préfère l’incertitude.

Trois raisonnements cohérents, trois intérêts divergents. Et c’est l’État qui régule le conflit par les prix et les subventions.

Les charges de service public de l’énergie atteignent 12,3 milliards d’euros en 2026. Le photovoltaïque en absorbe 4,4 milliards. Plus surprenant encore, plus le solaire fait baisser les prix à midi, plus l’État verse de compensations aux producteurs.

La hausse de la facture publique provient ainsi de cette baisse des prix de marché.

On accuse souvent le marché européen de l’électricité. Le prix change chaque heure selon l’équilibre entre l’offre et la demande. Son véritable angle mort est ailleurs. Il continue de considérer que chaque mégawattheure en vaut un autre.

Aujourd’hui, chacun choisit son forfait téléphonique, son billet de train ou son assurance selon le niveau de service souhaité. Pour l’électricité, ce choix n’existe pas. Nous achetons tous le même service 100 % disponible.

Pourtant, avec les EnR, il existe désormais deux réalités économiques. D’un côté, une électricité garantie, disponible à l’heure voulue grâce au nucléaire, aux barrages, au stockage ou aux centrales pilotables. De l’autre, une électricité aléatoire, souvent très bon marché, mais dont personne ne peut garantir la présence au moment où elle sera nécessaire. Physiquement, l’électricité est identique. Économiquement, elle ne rend plus le même service. Pourquoi ne pas en tirer parti ?

Le tarif Tempo dit tout de la limite du système. Il joue sur le prix et jamais sur la promesse. Un jour rouge, l’interrupteur répond comme un jour bleu ; seul le montant change au bas de la page. Nous savons donc facturer l’heure et le jour, avec un minimum de visibilité. Les clients Tempo acceptent déjà une part d’incertitude, et ils sont récompensés pour cela. Mais l’échange reste à sens unique : eux s’engagent, le système ne s’engage à rien. Une vraie garantie se paie dans les deux sens. Elle vaut un prix quand elle est tenue, elle vaut un dédommagement quand elle ne l’est pas.

Pourquoi ne pas imaginer trois abonnements ?

« Je veux mon électricité à tout moment. » Garantie totale, prix maximal.

« Je veux seulement la certitude que mon chauffe-eau ou ma voiture électrique seront alimentés entre onze heures et dix-sept heures. » Garantie sur une plage horaire, prix intermédiaire.

« Décidez pour moi. » Garantie déléguée, prix minimal. Cette troisième formule existe déjà techniquement grâce au compteur communicant, au pilotage des appareils et à la recharge programmée. Nous la présentons comme une remise commerciale. Elle pourrait devenir un véritable contrat.

L’aérien fonctionne ainsi depuis longtemps. Le billet flexible et le billet non remboursable occupent le même siège, mais n’offrent pas les mêmes garanties.

L’électricité suit la même logique dès lors qu’on la vend ainsi. On paierait alors un niveau de garantie autant qu’un kilowattheure.

Une objection s’impose ici. Cette politique tarifaire vise moins l’industrie qu’on ne l’imagine. Une usine sait décaler un four ; elle vend déjà cette souplesse. Les captifs sont la boulangerie dont le four démarre à cinq heures, le locataire qui ne peut installer aucune batterie parce que le mur ne lui appartient pas, le logement mal isolé sans inertie thermique.

La flexibilité s’achète, et tout le monde n’a pas de quoi. Un système qui la rémunère paie donc d’abord ceux qui avaient déjà les moyens.

D’où le socle. Un minimum vital garanti à tous au niveau maximal, le choix ne s’exerçant qu’au-dessus. Et une règle simple : l’option souple reste toujours un choix explicite, jamais un réglage par défaut. Sans ces deux clauses, la modulation devient un tri social déguisé en innovation tarifaire.

Pendant un siècle, nous avons acheté des kilowattheures. Le siècle qui vient nous fera acheter des promesses de kwh. Le courant ne changera pas. L’engagement, si.

La France produit largement assez d’électricité. Elle a exporté un record de 92,3 térawattheures nets en 2025, avec un mix décarboné à plus de 95 %. Son défi porte désormais sur la coordination bien plus que sur la quantité.

En 2026, la question devient moins quelle énergie produire, que quelle électricité acheter : celle qui est abondante lorsqu’elle se présente, ou celle qui est disponible lorsque nous en avons besoin.

Paul Corey