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Que coûte vraiment une allumette ?

Le coût du geste demeure dérisoire. Celui de ses conséquences est insupportable.

Que coûte vraiment une allumette ?

Une allumette coûte 0,2 centime d’euro. Éteindre ce qu’elle déclenche a mobilisé cet été 2 500 pompiers, 1 500 militaires, un A400M, un A330 MRTT, un hélicoptère NH90 et un drone Reaper. Entre les deux, un écart de plusieurs centaines de millions d’euros. Le véritable problème n’est pas l’allumette. C’est l’asymétrie.

wow-media.fr

Sur les 402 interpellations effectuées concernant les mises à feu criminelles ou par négligence, 156 impliquent des mineurs, a affirmé le ministre de l’Intérieur ce mardi 4 août. Quelques jours plus tôt, les chiffres étaient déjà de 263 interpellations et 92 mineurs.

Le ministère de l’Intérieur recense 14.000 départs de feu depuis le début de la saison et 120.000 hectares brûlés sur tout le territoire national. «15.000 largages ont été effectués, contre 4300 à la même date l’année dernière»

Les hectares brûlés et les interpellations progressent ensemble. Pourtant, le débat public demeure centré sur la sécheresse, le changement climatique ou les moyens des SDIS. Il manque une question essentielle.

Comment un geste aussi facile peut-il produire de telles conséquences ?

Neuf départs de feu sur dix sont d’origine humaine. Selon le ministre de l’Intérieur, près des deux tiers des incendies constatés seraient volontaires.

Trois secondes suffisent à déclencher des jours, parfois des semaines de combat. Appelons cela le levier : l’écart entre le coût de l’acte individuel et celui de la réponse collective.

À défaut de pouvoir interpeller tous ceux qui utilisent ce levier, c’est ce levier lui-même qui doit nous interpeller.

Comparons. Le mortier d’artifice suppose un achat, un transport, un stockage. Chaque étape laisse des traces. Le briquet, lui, est déjà dans la poche. Aucun investissement particulier. Aucun réseau. Aucun matériel spécifique.

En face, la réponse engage toute la puissance publique.

Le mégafeu de Gironde, le plus grave depuis 1949, a parcouru plus de 42 000 hectares, détruit plus de 240 bâtiments et conduit à l’évacuation préventive de plus de 220 000 habitants et touristes. Pour le combattre, il a fallu mobiliser 2 500 sapeurs-pompiers, 1 500 militaires, des avions, des hélicoptères et des moyens de renseignement militaire.

L’attaque, elle, tient dans un geste individuel. Aussi facile qu’inqualifiable.

Cette logique n’est pas nouvelle. En 2023, plusieurs milliers de véhicules et près de dix mille poubelles avaient déjà été incendiés en quelques nuits. Mais l’échelle a changé.

En droit, l’incendie volontaire d’une voiture et celui d’une forêt sont déjà lourdement réprimés. Ce n’est donc pas la loi qui a changé. C’est le monde autour d’elle.

Une voiture détruite représente quelques milliers d’euros de dommages. Un mégafeu peut en représenter des centaines de millions.

Le climat amplifie encore cette asymétrie. Les vagues de chaleur sont aujourd’hui beaucoup plus fréquentes qu’au début des années 1980. Plus de 119 000 hectares ont brûlé en France depuis le début de l’année 2026, contre 66 300 lors de l’année record de 2022. La sécheresse et la chaleur multiplient les conséquences d’un même geste.

La même logique vaut pour les imprudences. Un mégot jeté par la fenêtre, un barbecue mal maîtrisé, un chantier négligent disposent du même levier. L’intention change. Les conséquences peuvent être identiques. Le droit, lui, ne dit pas cela : le remboursement des frais de lutte n’est ouvert que si l’incendie est volontaire.

Comment réduire cette asymétrie ?

La détection. Plus de 85 % des incendies sont aujourd’hui maîtrisés avant un hectare. Chaque minute gagnée grâce à une vigie, un satellite, un drone ou un capteur peut éviter des centaines d’hectares détruits.

L’intervention massive et immédiate. Détecter un départ de feu ne sert à rien si aucun moyen n’est capable d’agir dans les toutes premières minutes. La France doit renforcer et mieux répartir sur son territoire ses moyens aériens, afin que la première attaque intervienne avant que l’incendie ne devienne incontrôlable.

Le débroussaillement. Un terrain entretenu, doté de pistes et de barrières coupe-feu, ralentit le feu, protège les maisons et rend le travail des secours possible. L’obligation légale existe. Elle est peu contrôlée. C’est pourtant le seul levier qui agisse avant l’étincelle.

Ces trois leviers réduisent ce que le geste produit. Deux autres doivent augmenter ce qu’il coûte.

La réparation. Lorsqu’un auteur est identifié, il doit supporter, à hauteur de ses capacités, une part du coût des dommages qu’il a provoqués : les hectares, les maisons, les heures de vol, les moyens engagés. La somme ne peut pas être intégrale. Elle doit être réelle.

La sanction. Les peines prévues par le Code pénal sont sévères. Encore faut-il que leur application soit perçue comme certaine et compréhensible. Car une société ne protège réellement que ce qu’elle montre qu’elle est prête à défendre.

Le coût du geste n’a pas changé. Celui de ses conséquences a explosé. Corrigeons cette asymétrie, changement climatique oblige.

Paul Corey