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Municipales : 85 % du budget d’une commune échappe au maire

Méfiez vous des promesses...

Municipales : 85 % du budget d’une commune échappe au maire

Dans une commune de moins de 10 000 habitants (97 % des communes en France), le budget annuel de fonctionnement représente entre 1 100 à 1 500 € par habitant. Le maire n’en contrôle directement qu’une bien faible part.

Les recettes d’abord.

La taxe foncière représente environ 40 % du budget. C’est le seul impôt dont le maire peut moduler le taux. Mais l’assiette est fixée par l’État, et toute hausse frappe directement les propriétaires, souvent ses propres électeurs.

Le reste des recettes provient de l’État : dotations, compensations et mécanismes de péréquation. Ces flux sont calculés selon des critères nationaux sur lesquels le maire n’a aucune prise.

Les tarifs municipaux — cantine, crèche, stationnement — pèsent moins de 10 % du budget et couvrent à peine leurs coûts.

Seule la politique foncière offre un levier structurel : plus d’habitants signifie plus de dotations et plus d’impôts locaux. Mais l’effet se mesure sur 5 à 10 ans, pas sur un mandat.

Les dépenses ensuite.

La masse salariale absorbe 50 à 55 % du budget : agents administratifs, personnels scolaires, police municipale, techniciens. Elle évolue lentement, sous l’effet du statut de la fonction publique.

Les charges obligatoires — écoles, voirie, éclairage, normes, fluides — consomment l’essentiel du reste. Une commune de 20 000 habitants gère en moyenne 15 à 25 bâtiments publics et 40 à 80 km de routes. Ces coûts sont incompressibles.

Ce qui reste réellement arbitrable représente 10 à 15 % du budget, soit 150 à 200 € environ par an et par habitant. C’est là, et uniquement là, que s’exerce le pouvoir réel du maire. Ce sont les chiffres. La réalité des faits.

Bien sûr, il y a aussi le levier de l’endettement. Une commune peut emprunter, mais uniquement pour financer des investissements, pas ses dépenses courantes. Ce levier est très encadré et dépend fortement de la taille de la collectivité : réel pour les grandes villes, très limité pour les communes plus petites. Fort heureusement.

C’est donc sur des choix concrets qu’un électeur peut (et doit) interroger les candidats : rénover un gymnase ou créer une piste cyclable ; subventionner un club de foot ou un festival de théâtre ; étendre la vidéosurveillance ou végétaliser le centre-ville ?

Les promesses simultanées de baisses d’impôts, de hausse des services ou de nouveaux équipements suppose une marge budgétaire qui n’existe pas.

Faut-il donc le rappeler ? Pour ces prochaines munipales, peu importent les étiquettes, peu importent les considérations politiques. Seuls comptent les engagements concrets de chaque candidat sur les questions pratiques de la vie quotidienne de leur commune.

Rien d’autre, bien sincèrement.

Paul Corey