Prospérisme
WOW ! Kit de survie lexical . 2026

Un mot qui n’existe pas encore dans les dictionnaires. C’est précisément son intérêt. Les autres entrées de ce kit décrivent des doctrines usées par l’usage, déformées par les polémiques, alourdies d’un siècle de malentendus. Celle-ci décrit un mot neuf, saisi avant que le débat ne le déforme. Une occasion rare : définir avant que l’on caricature.
Le prospérisme est une doctrine politique et économique qui juge toute politique publique à une seule grandeur : le patrimoine net qu’une société transmet à la génération suivante.
Non pas le flux du PIB, qui mesure la récolte d’une année, mais le stock qui rendra possibles les récoltes suivantes.
Sept capitaux sont à l’actif: humain, économique, scientifique, industriel, institutionnel, environnemental, culturel. Les charges sont au passif (dette, rentes, dépendances, infrastructures dégradées, compétences perdues).
Une seule question : laisserons-nous davantage que nous n’avons reçu ?
Le mot naît en France, en 2026, dans une série de textes publiés sous le label WOW! Media. Mais la doctrine revendique une lignée de trois siècles : le produit net de Quesnay, l’invisible de Bastiat, l’entrepreneur de Schumpeter, la mécanique des rentes d’Olson, les institutions d’Acemoglu, les capacités de Sen, la richesse inclusive de Dasgupta.
Elle revendique aussi une pratique française oubliée: le Plan, l’électrification, le nucléaire de Messmer : de 1945 à 1974, la France fut prospériste sans le savoir.
Le mot est neuf ; l’idée est ancienne.
Ce qui rend le prospérisme difficile à classer, c’est qu’il refuse l’axe sur lequel on voudra le placer. Il condamne des politiques que la gauche défend: l’allocation logement, dépense reconduite sans actif constitué.. et consacre des dépenses que la droite juge secondaires: la petite enfance, capital durable.
Il admet la dette pour bâtir une centrale et l’interdit pour payer le fonctionnement courant.
Là où les idéologies prêchent leurs vérités, le prospérisme demande un bilan.
C’est sa force dans l’analyse et sa fragilité dans l’arène : une doctrine sans camp risque de devenir une doctrine sans troupes.
Le prospérisme ne se confond pas avec le conservatisme : le conservateur garde, le prospériste fait fructifier. Conserver un héritage sans l’accroître, c’est déjà le trahir.
Il se distingue du libéralisme, dont il fait une condition sans en faire un programme : la liberté d’essayer est nécessaire à tout capital, elle ne suffit à aucun.
Il n’est pas un étatisme : l’État y est syndic. Il tient la règle, plante les arbres trop lents pour le capital privé mais il n’est jamais propriétaire.
Il n’est pas davantage un déclinisme : il ne pleure pas la France d’avant, il constate un solde et le veut positif.
Et il n’est pas à confondre avec le progressisme. Il ne se contente pas d’un mouvement, il vérifie la direction et constate le progrès génération après génération, ligne à ligne, au lieu de le décréter.
Son véritable contraire n’a pas de camp ; il a désormais un nom. Appelons-le l’immédiatisme : la doctrine qui donne la priorité au confort présent, quoi qu’il en coûte. Elle ne figure dans aucun programme, ne tient aucun congrès, et gouverne pourtant depuis 1974. »
L’immédiatisme inspire tous nos politiques. La droite qui baisse les impôts à crédit, la gauche qui augmente les dépenses à crédit… Cinquante ans de budgets en déficit, votés par tous les camps sous toutes les majorités : le seul consensus réellement transpartisan de la France depuis 1974.
Dans le débat public, le mot n’a pas encore d’usage, donc pas encore de mésusage. On peut prédire les deux qui viendront : à gauche, il sera lu comme un austéritarisme déguisé, alors qu’il légitime l’emprunt et la dépense dès lors qu’ils constituent un actif ; à droite, comme un étatisme planificateur, alors qu’il fait de la liberté d’entreprendre son premier capital.
Ces deux contresens symétriques seront, paradoxalement, la preuve que le doctrine fonctionne : il dérange les deux camps exactement là où chacun pratique le présentisme.
Au final, la seule prétention du prospérisme c’est qu’on ne puisse plus, après lui, promettre l’avenir sans présenter les comptes.
WOW! On Words — Kit de survie lexical · 2026
Paul Corey