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Retraites : spolier ceux qui ont travaillé ou remettre au travail ceux qui peuvent travailler

La solution se trouve-t-elle aux deux extrémités de la vie active : chez les jeunes qui n’y entrent pas et les seniors qui en sortent trop tôt ?

Retraites : spolier ceux qui ont travaillé ou remettre au travail ceux qui peuvent travailler

La France consacre 422 milliards d’euros par an à ses retraites, soit 14,1 % du PIB et près d’un quart de sa dépense publique. Au même moment, 13,3 % des 15-29 ans ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation, et moins d’un habitant sur deux travaille encore entre 60 et 64 ans. Le pays cherche de l’argent là où il a déjà été produit, jamais là où il cesse de l’être.

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Chaque rentrée budgétaire ramène la même mécanique. Désindexer les pensions, geler les revalorisations, élargir la CSG, raboter les abattements. Cet été encore, l’exécutif a rouvert la piste d’une désindexation des retraites les plus élevées pour le budget 2027, sous le nom prudent d’année blanche à la carte.

La logique comptable se comprend. Les pensions représentent la plus grosse masse mobilisable des comptes publics, celle que l’on peut ajuster d’un décret sans négocier avec personne. La plus lourde. Donc la plus commode.

Une question élémentaire reste pourtant hors du débat.

Avant de prélever davantage sur ceux qui ne travaillent plus, la France fait-elle suffisamment travailler ceux qui le peuvent encore ? La réponse est non.

D’un côté, une génération qui reste sur le seuil.

Au deuxième trimestre 2026, 13,3 % des 15-29 ans se trouvent hors de l’emploi, hors des études, hors de toute formation, soit environ un million et demi de personnes, contre 11 % en moyenne dans l’Union européenne.

Le chômage des 15-24 ans atteint 21,6 %, en hausse de 2,5 points sur un an, quand le taux général plafonne à 8,3 %. Certains cherchent sans trouver. D’autres sortent du système scolaire sans qualification. D’autres encore affrontent des situations personnelles qui rendent l’entrée en emploi impossible.

Pour la comptabilité nationale, ces trajectoires produisent le même résultat. Une capacité productive qui ne rencontre jamais son emploi.

De l’autre, une sortie organisée.

Près de 79 % des 55-59 ans travaillent en France, un taux désormais supérieur à la moyenne européenne. Puis le décrochage tombe d’un coup : 44,4 % entre 60 et 64 ans, l’un des plus bas de l’Union. Ce trou n’a rien d’accidentel. Il a été construit, méthodiquement, par quarante ans de préretraites, de plans sociaux ciblés sur les tempes grises et d’éviction encadrée.

Le taux d’emploi des seniors a touché son point bas en 1998, à 29,7 %. Les entreprises ont appris à mettre leurs salariés âgés au rebut avant l’usure, puis à en transférer le coût à la collectivité.

C’est là que la contradiction devient spectaculaire. Mille euros prélevés sur une pension rapportent mille euros. Point final. Voilà le rendement sec, celui qui déplace une richesse déjà créée sans en produire une seule de plus.

Un actif supplémentaire, lui, produit, perçoit un salaire, verse des cotisations, paie des impôts, consomme et cesse d’émarger à certaines prestations. Le travail agit simultanément sur les recettes, sur les dépenses et sur la production.

Le prélèvement n’atteint qu’une seule de ces trois lignes. La France resserre les boulons d’une machine dont elle a débranché les moteurs.

L’histoire éclaire le blocage. En 1981 - les années Mitterrand - l’abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans répondait à une aspiration sociale puissante et à un chômage de masse que l’on croyait pouvoir résorber en libérant des postes.

Quarante-quatre ans plus tard, l’espérance de vie a progressé, les carrières se sont transformées, le rapport entre cotisants et pensionnés s’est retourné.

Ce qui subsiste de 1981 tient dans une illusion collective jamais réexaminée : passé soixante ans, on est trop vieux pour travailler.

Cette préretraite mentale coûte beaucoup plus cher que toutes les niches fiscales réunies.

Elle explique pourquoi le pays a suspendu, jusqu’en janvier 2028, le calendrier d’âge de la réforme de 2023, au moment précis où la Dares mesurait une progression de 8,2 points du taux d’emploi des 60-64 ans depuis 2022.

Remettre le travail au centre suppose trois priorités.

Pour les jeunes, une formation réellement qualifiante, un apprentissage sanctuarisé et des contreparties exigées en échange de l’accompagnement, afin qu’aucune inactivité ne s’installe par défaut.

Pour les seniors, la fin de l’éviction automatique, l’adaptation des postes, la retraite progressive et la responsabilisation financière des entreprises qui externalisent leurs quinquagénaires vers l’assurance chômage. Pour les métiers pénibles, des règles distinctes, parce qu’un couvreur de 62 ans et un cadre de 62 ans n’exercent pas le même métier dans le même corps.

Rien de tout cela ne relève d’une guerre des générations, mais de l’exact contraire.

Un pays ne peut demander indéfiniment un effort supplémentaire à ceux qui travaillent et à ceux qui ont travaillé quarante-cinq ans, tout en acceptant qu’une fraction massive de ceux qui pourraient travailler demeure hors de la production.

L’assiette fiscale se rétrécit à mesure que la base productive se vide. Aucune désindexation ne compense une population active insuffisante.

La France manque de travailleurs, pas de prélèvements ni de désindexations.

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Paul Corey